24.11.21
4 к ФО преп. Л.Г.Алахвердиева
Histoire de la langue
4 annee section fracaise
Thème : la progression du français à l âge de Lumière
Le but : apprendre le dynamisme
du français au 18 s.
Les questions à
discuter:
1.18 s La
situation sociale en France (généralité)
2. la définition de l’ âge de Lumière
3. L enseignement en France et le français.
4.le français et des langages régionaux
5.Le français comme la langue de la littérature / Les
ecrivains de 18 s.
6. Les sources de l enrichissement du français et les
grands changements au 18 s.
Donnez des reponses a ces questions par ecrit en utilisant la conference et l" Internet
Conference
Le siècle des Lumières débuta
en principe au lendemain de la mort de Louis XIV, en 1715, et prit fin à
l’avènement de la Révolution
française en 1789. Cette période se caractérise, d'une part, par un
fort mouvement de remise en question ainsi que par l'établissement
d'une plus grande tolérance et, d'autre part, par l'affaiblissement
de la monarchie, suivi de la fin de la suprématie française
en Europe et du début de la prépondérance anglaise. Des personnalités
comme
Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Benjamin Franklin ont certainement
marqué leur époque de
même que Frédéric II de Prusse, Lavoisier, Diderot et Goethe.
|
 |
La situation politique et sociale tendit à se modifier en France
et ailleurs en Europe en ce début du XVIIIe siècle.
Sur le plan intérieur, la situation financière était devenue
catastrophique sous les règnes du régent Philippe d'Orléans,
de Louis XV et de Louis XVI. Ces rois réputés faibles, aux prises avec un régime
de fêtes et d'intrigues de cour, ne purent faire face aux difficultés
financières croissantes, qui aboutiront à l'impasse et susciteront
le rejet du peuple envers la monarchie.
Parallèlement, la bourgeoisie
riche et aisée poursuivit son ascension irréversible, devint une force politique et
s'exprima publiquement. La monarchie et
la noblesse n'étaient plus qu'une façade sans crédibilité.
Le règne de la bourgeoisie financière, commerçante
et manufacturière commença. On assista alors au commencement du capitalisme, au
développement du commerce, au début de l'industrialisation, à un engouement pour
les sciences, à la découverte de nouvelles techniques, à des inventions de
toutes sortes, à l'amélioration de la médecine et à l'adoption d'une meilleure
alimentation. |
Cette atmosphère de progrès matériels modifia profondément les valeurs de la société.
Les philosophes rationalistes et les écrivains de premier plan se rendirent indépendants de la royauté et de l’Église;
de grands seigneurs pactisèrent avec les représentants des idées
nouvelles et n’hésitèrent pas à les protéger contre
la police associée aux forces conservatrices. Fait nouveau, la lutte
des idées fut dirigée surtout contre l'Église et la
religion catholique elle-même; on combattit agressivement en faveur
de la tolérance au nom de la raison.
Par ailleurs, la société
française s'ouvrit aux influences extérieures, particulièrement à
celles venant de l'Angleterre devenue la première puissance mondiale.
Le parlementarisme et le libéralisme anglais attirèrent l'attention,
de même que la guerre de l'Indépendance américaine
(1775-1782), ce qui permit l'acquisition d'un nouveau vocabulaire.
Parallèlement, les journaux (surtout mensuels) scientifiques,
techniques et politiques se développèrent, se multiplièrent rapidement
et furent diffusés jusque dans les provinces, alimentant la soif de
lecture chez un public de plus en plus étendu et sensibilisé
au choc des idées. Le développement de la presse fut à
la fois la conséquence et la cause de cette curiosité générale,
ainsi que de la contestation qui se répandait graduellement dans la
société. Vers le milieu du siècle, parut même
une littérature de type populacier, dite «poissarde» (par analogie
avec les marchands de poissons des Halles), destinée aux gens du
peuple. Tous ces faits contribuèrent au mouvement de révolte qui explosa
en 1789.
L’État ne se préoccupait pas plus au
XVIIIe siècle
qu'au XVIIe de franciser le royaume. Les provinces nouvellement
acquises, de même que les colonies d'outre-mer (Canada, Louisiane,
Antilles), ne nécessitaient pas de politique linguistique, sauf à l'égard des
autochtones, et d'ailleurs la politique d'assimilation fut vite mise au rancart. L'unité
religieuse et l’absence de conflits inquiétaient davantage les dirigeants:
l'administration du pays ne nécessitait pas la francisation des citoyens.
2.1 Le français
populaire
On estime qu'à cette époque moins de trois millions de Français
pouvaient parler ou comprendre le français, alors que la population
atteignait les 25 millions. Néanmoins, la langue française progressait considérablement au
XVIIIe
siècle, comme
en fait foi la répartition des francisants, des semi-patoisants
et des patoisants à la toute fin du siècle alors que la Révolution était commencée.
Au milieu du
XVIIIe siècle, le peuple
francisant ne parlait pas «la
langue du roy», mais un français populaire non normalisé,
encore parsemé de provincialismes et d'expressions argotiques. Seules
les provinces de l'Île-de-France, de la Champagne, de la Beauce,
du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et du Berry étaient résolument francisantes. Par
contre, la plupart des gens du peuple qui habitaient la Normandie, la Lorraine,
le Poitou et la Bourgogne étaient des semi-patoisants; les habitants de ces
provinces pratiquaient une sorte de bilinguisme: ils parlaient entre eux leur
patois, mais comprenaient le français.
Il est vrai que le
«bon français» avait progressé au cours du XVIIIe siècle, notamment dans les
pays d'oïl, en raison, entre autres, de la qualité, assez exceptionnelle
pour l'époque, du réseau routier en France. En effet, grâce
à cet instrument de centralisation desservant même les villages,
les communications étaient facilitées et favorisaient le brassage des
populations et des idées. La langue bénéficia de cette
facilité; les usines et les manufactures virent affluer du fond
des campagnes des milliers d’ouvriers qui se francisaient dans les villes;
les marchands et les négociants voyageaient facilement d'une ville
à l'autre, ce qui rapprochait leur parler local du français;
un système de colporteurs se développa, et ceux-ci voiturèrent
périodiquement des livres et des journaux français jusque
dans les campagnes les plus éloignées. Dans pratiquement toutes les villes du
Nord, le français était au moins compris. Les patois du Nord étaient, en
réalité, assimilés au français comme des variantes régionales. Malheureusement,
nous ne disposons que de fort peu de documents pour témoigner des parlers
régionaux de l'époque. Nous savons que l'idéal de l'«honnête homme» était en net
recul et que le «bon usage» n'était plus celui de l'aristocratie, mais celui de
la bourgeoisie parisienne, qui triomphera lors de la Révolution.
2.2 Les patois
 |
Dans le sud de la France,
les patois
— le seul terme utilisé à l'époque pour désigner ce qu'on
appelle aujourd'hui les «langues
régionales de France» (voir la carte)
— constituaient encore l'unique
usage normal dans les campagnes durant tout le
XVIIIe siècle.
En effet, les nobles et les bourgeois, initiés au
français durant le siècle précédent, continuaient
d'employer leur patois ou leur langue régionale dans leurs relations quotidiennes Pour eux, le français,
essentiellement une langue seconde,
restait la «langue du dimanche», c'est-à-dire la langue d'apparat utilisée dans
les grandes cérémonies
religieuses ou civiles.
La situation était identique en Bretagne et en Flandre,
dans le nord-est, ainsi qu'en Alsace et en Franche-Comté, dans l'est. |
Évidemment, l'emploi de ces «patois»
demeurait socialement stigmatisé. Par exemple, l'article «Patois» dans l'Encyclopédie
de Diderot et d'Alembert (Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences,
des arts et des métiers, 1751-1765), les auteurs n'y vont pas avec le dos de la cuillère:
|
PATOIS (Gramm.). Langage
corrompu tel qu'il se parle presque dans toutes les provinces: chacune a
son patois; ainsi nous avons le patois bourguignon, le
patois normand, le patois champenois, le patois gascon,
le patois provençal, etc. On ne parle la langue que dans la
capitale. |
Le patois est alors considéré comme étant essentiellement la
langue des paysans et des ouvriers. Il s'agit d'un usage dévalorisé et
subalterne. Les
seuls Français à parler le français relativement standardisé étaient ceux qui
exerçaient le pouvoir, c'est-à-dire le roi et sa cour, puis les juristes, les
officiers, les fonctionnaires et les écrivains. Mais le
peuple de la région parisienne parlait encore son patois (surtout le briard, le
beauceron et le percheron) ou encore un français non normalisé, un
français «poissard», «populacier», «grossier», très différent de
celui de la Cour et des lettrés.
L'école fut l'un des grands obstacles à la diffusion du français. L'État et l'Église
estimaient que l'instruction était non seulement
inutile pour le peuple, mais même dangereuse. Voici à ce sujet
l'opinion d'un intendant de Provence (1782), opinion très révélatrice
de l'attitude générale qu'on partageait alors face aux écoles:
|
Non seulement le bas peuple n'en a pas
besoin, mais j'ai toujours trouvé qu'il n’y en eût point dans les
villages. Un paysan qui sait lire et écrire quitte l'agriculture sans
apprendre un métier ou pour devenir un praticien, ce qui est un très grand
mal!
|
Dans l'esprit de l'époque, il apparaissait plus
utile d'apprendre aux paysans comment obtenir un bon rendement de la terre
ou comment manier le rabot et la lime que de les envoyer à l'école.
Pour l'Église, le désir de conquérir des âmes
à Dieu ne passait pas par le français; au contraire,
le français était considéré comme une barrière
à la propagation de la foi, et il fallait plutôt s'en tenir aux «patois»
intelligibles au peuple. Sermons, instructions, confessions, exercices
de toutes sortes, catéchismes et prières devaient être
prononcés ou appris en patois.
Cette idéologie de l'instruction
néfaste pour le bon peuple était partagée par de nombreux philosophes des
Lumières. Bien que certains d'entre eux étaient partisans de l'instruction
généralisée, comme c'était le cas pour Diderot et d'autres moins connus (Claude-Adrien
Schweitzer, latinisé en Helvétius, puis
Paul-Henri Thiry, baron d'Holbach),
ce n'était pas la position dominante chez les philosophes français. Par exemple,
Jean-Jacques Rousseau et Voltaire n'étaient pas favorables à l'instruction du
peuple, ce qui n'est guère étonnant quand on connaît leur origine
sociale.
 |
Quant à
la pensée de Voltaire sur cette question, elle est très claire,
comme en fait foi cette lettre à M. Damilaville, le 1er
avril 1766 :
|
Je crois que nous ne nous
entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être
instruit. J’entends, par peuple, la populace qui n’a que ses bras pour
vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité
de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me
paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir,
comme moi, une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon
avis. Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois,
c’est l’habitant des villes : cette entreprise est assez forte et assez
grande. |
D'ailleurs, Voltaire ajoute
que, lorsque «la populace se mêle
de raisonner, tout est perdu», ce qui désigne l'immense majorité.
des Français. Si le célèbre philosophe a souvent employé le mot
«canaille» dans ses lettres, ce n'est pas vraiment le peuple auquel
il faisait allusion, c'est-à-dire la masse ignorante, mais il
s'agissait en général des «fanatiques» et des «fripons», notamment
les libellistes qui injuriaient les philosophes et la philosophie.
Néanmoins, Voltaire jugeait que l'essentiel pour les
ouvriers était d'apprendre «à dessiner et à manier le rabot et la
lime». |
Le procureur général du Parlement de
Bretagne a envoyé en 1763 un manuscrit à Voltaire dans lequel on se plaignait
que «des laboureurs, des artisans, envoyassent leurs enfants dans les collèges
faire de mauvaises études qui ne leur apprennent qu'à dédaigner la profession de
leur père, et qu'ils se jetassent ensuite dans les cloîtres, dans l'état
ecclésiastique, ou prissent des offices de justice, et devinssent souvent des
sujets nuisibles à la société». Et Voltaire de répondre: «Je trouve toutes vos
vues utiles. [...] Je vous remercie de proscrire l'étude chez les laboureurs.»
De toute façon, il n'y avait pas ou
fort peu de maîtres capables d'enseigner le français. La plupart
des maîtres d'école étaient de
«pauvres hères», des miséreux
qui travaillaient moyennant une très faible rétribution et
qui devaient souvent servir la messe, sonner les cloches ou faire office
de sacristain, voire accomplir des tâches ménagères.
S’ils connaissaient le français, cela ne voulait même pas signifier
qu'ils pouvaient l'écrire. De plus, les manuels en français étaient
rares et
consistaient plutôt en livres de piété.
On n'introduisit réellement l'enseignement de la grammaire, de
l'écriture
et de la lecture qu'en 1738, tout en conservant un système pédagogique
complètement démodé: l'enfant devait se plier à
la règle traditionnelle qui exigeait d'apprendre à lire en
latin d'abord, avant de passer au français. Les années 1760 marquèrent
néanmoins une progression de l'enseignement du français, notamment chez les
garçons et encore à la condition de résider dans les villes. L'enseignement des filles demeurait très
aléatoire, sauf chez les jeunes filles de conditions, qui pouvaient recevoir des
leçons d'un précepteur. En 1780, la situation s'étant améliorée, on estime qu'à Paris 40 % des domestiques possédaient des
livres en français. Il est certain que dans les campagnes il n'y avait que fort
peu de livres en circulation. On estime que 90 % des hommes et 80 % des femmes
pouvaient, dans les villes, signer un testament, donc en français.
Enfin, dans les
collèges et universités, l'Église s'obstinait à
utiliser son latin comme langue d'enseignement, langue qui demeurait encore
au XVIIIe
siècle la clé des carrières intéressantes.
Dans de telles conditions, on ne se surprendra pas que l'école devint
même la source principale de l'ignorance du français chez le peuple.
Précisons quelques mots encore sur l'état
de la langue standard, c'est-à-dire celle du roi. La norme linguistique commença à changer de référence sociale. On
passa
de
«la plus saine partie de la Cour» de Vaugelas aux
«honnêtes gens
de la nation». L'usage des écrivains du XVIIIe siècle
ne montra pas de changements par rapport au XVIIe siècle,
mais la phrase (syntaxe) s'allégea encore. Peu de modifications apparurent également
au plan de la prononciation, à l'exception
de la restitution des consonnes finales dans des mots comme finir,
tiroir, il faut, etc., remises à l'honneur grâce à l'écrit.
Dans l'orthographe, c'est à partir de 1740
que l'actuel accent aigu fut systématiquement utilisé en lieu et place de la
graphie es-, par exemple dans dépit (ancienne graphie : despit).
L'édition de 1762 du Dictionnaire de l'Académie consacra l'instauration
de l'orthographe moderne et le principe définitif de l'origine étymologique des
mots. L'appauvrissement du vocabulaire, noté
au XVIIe siècle, ne répondait plus à l'esprit
encyclopédique du siècle des Lumières. Ce fut une véritable
explosion de mots nouveaux, notamment de termes techniques savants, puisés
abondamment dans le grec et le latin.
En 1787 et 1788 que l'abbé
Jean-François Féraud (1725-1807) publia son Dictionaire critique
de la langue française. Le souci principal de son auteur était de fournir
aux étrangers et aux Français des régions éloignées de France un guide complet
de l'usage de la langue française. Pour ce faire, il fait mention et critique le
bon usage des mots et des prononciations. On lit dans la préface de la première
édition:
|
Celui-ci est un vrai
DICTIONAIRE CRITIQUE, où la Langue est complètement analysée. C'est un
Comentaire suivi de tous les mots, qui sont susceptibles de quelque
observation; un Recueuil, qui laisse peu à desirer; des
Remarques, qui peûvent éclaircir les doutes et lever les dificultés,
que font naître tous les jours les bizârres irrégularités de l'Usage.
C'est la Critique des Auteurs et l'examen, la comparaison, critique
aussi, des divers Dictionaires. Nous ôsons croire qu'il réunit les
avantages de tous, et qu'il y ajoute des utilités, qui ne se troûvent dans
aucun. |
Dans ce dictionnaire, les doubles consonnes furent
systématiquement éliminées (dictionaire, gramaire, aplication, diférent,
persone, afirmatif, atention, , doner, etc.), quitte à ajouter un accent si
nécessaire (anciène, viènent, aprènent, etc.). On note aussi un accent
sur certaines voyelles allongées : phrâse, pâsser, faûsse, aûtre, chôse,
encôre, ôser, etc. Il demeure intéressant aujourd'hui de lire certains
commentaires portant sur la prononciation qui était en train de changer. Féraud
choisit de présenter les variations phonétiques en les annotant de façon
particulière, comme on peut le constater dans l'article «CROIRE»:
|
CROIRE, v. n. et act. Faut-il prononc.
crêre, ou croâ-re? Plusieurs admettent les deux prononciations;
la 1re, pour la conversation: la 2de pour le
discours soutenu. Un habile homme interrogé, comment il falait prononcer
ce mot, répondit: je crais qu'il faut prononcer, je crois.
L'Ab. Tallemant, dans le
Recueil des Décisions de
l'Acad. Franç. (1698) dit que la prôse adoucit la prononciation à
plusieurs mots, comme
croire,
qu'elle prononce craire. La question est encôre indécise: le plus
sûr est de toujours prononcer croâre, je croâ, nous
croa-ion, etc. — On dit, dans l'Ann. Lit. "M. Retif de la
Brétone écrit craire au lieu de croire, comme s'il était
convenu généralement de prononcer de la première manière. Cette
prononciation même n'est-elle pas ridicule, comme endrait pour
endroit, étrait pour étroit, fraid pour froid,
etc.
CONJUG. Je crois,
nous croyons, ils croient (et non pas croyent, qui
ferait deux syllabes, croa-ient.); je croyais, nous
croyions, vous croyiez, ils croyaient. Je crus,
j'ai cru (et non pas crû, avec l' acc. circ.) Je croirai,
croirais; que je croie. (Pron. croâ, monos. et
n'écrivez pas croye, qu'on prononcerait croa-ie, et qui
serait dissyllabe.); que je crus, tu crusse, il crut
(et non pas crût, avec l'accent.); croyant, cru.
Rem. 1°. L'Académie
écrit à l'Imparfait comme au présent, nous croyons, vous croyez;
c'est confondre un temps avec l'aûtre. Plusieurs Auteurs le font de même:
"Nous croyons la chôse finie, mais le lendemain la scène changea.
Let. Édif. Je crois qu' il faut écrire et prononcer, nous
croyions.
2°. On écrivait aûtrefois je creus, tu creus, il
creut. J'ai creu. Aujourd'hui on écrit, et l'on prononce~ je
crus, etc. J'ai cru. Quelques-uns y mettent mal-à-propos un
accent circ. sous prétexte de marquer la supression de l'e; mais
cet accent n'est plus employé aujourd'hui, par ceux qui écrivent bien, que
pour marquer les syllabes longues. |
Par exemple, Féraud jugeait ridicules les prononciations de
fraid ([frèd]) pour froid ou étrait ([étrèt]) pour étroit.
Mais à l'article MOI on sait que
moi ne se prononçait plus qu'en moa ([mwa]) et non plus moé [mwé]
comme au Canada à la même époque et dans les milieux de la vieille aristocratie
française.
De plus, l'infiltration étrangère se mit à déferler sur la France; la langue s'enrichit de mots italiens, espagnols
et allemands, mais cet apport ne saurait se comparer à la
«rage» pour
tout ce qui était anglais: la politique, les institutions, la mode, la cuisine,
le commerce et le sport fournissent le plus fort contingent d'anglicismes.
Curieusement, les censeurs linguistiques de l'époque ne s'élevèrent
que contre les provincialismes et les mots populaires qui pénétraient
dans le français; ils croyaient que la langue se corrompait au contact des
gens du peuple.
Le français, qui va devenir avec
la Révolution la «langue de la nation», n'était encore que la «langue
du roy», c'est-à-dire celle des classes privilégiées et riches.
Cette variété de français ne touchait pas seulement
l'élite de France: elle avait saisi l'ensemble de l'Europe aristocratique.
Toutes les cours d'Europe utilisaient le français: près de
25 États, de la Turquie au Portugal, en passant par la Russie, la
Serbie et le Monténégro, la Norvège, la Pologne et, bien sûr, l'Angleterre.
Le français restait la langue diplomatique universelle (de l'Europe)
et celle qu'on utilisait dans les traités internationaux. Le personnage
le plus prestigieux de toute l’Europe, Frédéric II de Prusse, écrivait et s’exprimait en français: toutes les cours
l'imitaient.
Au XVIIIe siècle, un aristocrate qui se respectait se devait
de parler le français et c'était presque une honte que de l'ignorer. Par
exemple, Gustave III de Suède (1784-1878)
était très francophile et entretenait des relations privilégiées avec la France
(du moins jusqu'à la Révolution française de 1789). Connaissant mieux le
français que le suédois, il lisait dans leur version originale française les
philosophes des Lumières. L'étiquette de la cour de Suède était une
transposition de celle de Versailles, et on s'y habillait à la française.
Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie fondèrent des académies dans
leur pays sur le modèle de l'Académie française. En Suisse, le français avait pris de l'expansion et avait commencé à être
reconnu à partir de 1738. Ce fut aussi le cas en Belgique, notamment en Wallonie
et surtout après 1750 alors que Bruxelles délaissa le néerlandais au profit du
français.
5.1 L'universalité du français
Ce sont les Anglais qui ont inventé le mot gallomanie – du latin Gallus («Gaulois») et manie,
ce qui signifie «tendance
à admirer aveuglément tout ce qui est français» –
pour identifier cette mode qui avait saisi l'Europe aristocratique.
Voltaire explique ainsi l'universalité
du français en son temps, en se fondant sur les qualités internes du français:
|
La langue française
est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité,
de netteté, de délicatesse tous les objets de la conversation
des honnêtes gens.
|
Cette question de l'universalité de
la langue française fit même l'objet d'un concours organisé
par l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, auquel Antoine de Rivarol
(1753-1801) prit part;
son Discours sur l'universalité de la langue française
(1783) fut couronné, ex-equo avec un Allemand du nom de
Johann Christoph Schwab
(1743-1821), un
professeur à l'Académie de Stuttgart, que
l'histoire a rapidement oublié. Rivarol avait déclaré notamment que
«ce qui
n'est pas clair n'est pas français; ce qui n'est pas clair est encore
anglais, italien, grec ou latin». Il précise ainsi ce qu'il croyait être les
causes de l'universalité du français:
|
Mais cette honorable universalité de la langue française, si bien reconnue
et si hautement avouée dans notre Europe, offre pourtant un grand
problème. Elle tient à des causes si délicates et si puissantes à la fois
que, pour les démêler, il s'agit de montrer jusqu'à quel point la position
de la France, sa constitution politique, l'influence de son climat, le génie
de ses écrivains, le caractère de ses habitants, et l'opinion qu'elle a su
donner d'elle au reste du monde, jusqu'à quel point, dis-je, tant de causes
diverses ont pu se combiner et s'unir pour faire à cette langue une fortune
si prodigieuse. |
 |
Aujourd'hui, il nous apparaît que la position de Rivarol était
tout à fait simpliste et réductrice, dans la mesure où l'universalité de la
langue française serait due à son «génie», à la Constitution de la
France ou son climat... Mais Rivarol a gagné le concours quand même! Les
milieux aristocratiques et lettrés de l'Europe avaient appuyé Rivarol. Or, ce
discours se voulait une tentative de stopper l'avancée de l'anglais.
De plus, Rivarol ne
distinguait guère le français comme «langue véhiculaire», «langue
maternelle» ou
«langue seconde»; on ne sait donc pas de quel français il parlait.
Aujourd'hui, on donnerait sans doute raison à son concurrent, Johann
Christoph Schwab, lui qui croyait plutôt que la suprématie du français
était due
surtout aux conditions politiques, économiques ou militaires, non à des
causes
intrinsèques à la langue elle-même. |
Il ne faut pas oublier non plus que le
bouillonnement intellectuel d'une ville comme Paris avait favorisé le français
comme langue de communication dans les échanges des idées. Des intellectuels
comme Voltaire, Diderot, Montesquieu et J.-J. Rousseau furent des agents
d'expansion du français dans toute l'Europe. Rousseau était lu en
Grande-Bretagne, Montesquieu et Diderot en Hollande, Voltaire dans toute
l'Europe.
Par ailleurs, Rivarol n'avait pas
répondu à la troisième question posée par le jury du concours: «Peut-on présumer
que la langue française conserve cette prérogative de l'universalité en Europe?»
Mais Schwab y avait répondu:
|
Les autres langues qui sont en
concurrence avec la langue française ne peuvent enlever à cette langue le
rang qu'elle occupe que dans les cas suivants: il faudrait ou qu'elle vînt à
s'altérer, ou que la culture d'esprit fût négligée dans la nation qui la
parle, ou que cette nation perdît de son influence politique, ou que sous
ces trois rapports une nation voisine reçût un accroissement proportionnel. |
 |
À cette époque des pays
comme la Grande-Bretagne, la Hollande, la Russie, la Suède, la
Prusse, l'Espagne, etc., empruntaient des centaines de mots à la
langue française. La plupart des têtes couronnées (Frédéric II de
Prusse, Catherine II, Marie-Thérèse d'Autriche, Gustave III de
Suède, etc.) apprenaient le français et l'utilisaient dans leurs
correspondances.
Le cas de Gustave III, roi de Suède de 1771 à 1792,
fut même exceptionnel. Ce dernier
connaissait mieux le français que le suédois. Grand admirateur de Voltaire,
Gustave III lisait dans leur version originale française les philosophes des
Lumières. L'étiquette
à la cour de Suède était même une transposition de celle de Versailles
et on s'y
habillait à la française. Ayant
reçu une éducation française, Gustave III fut l'un des plus francophiles
rois d'Europe. Quoi qu'il en soit, le concours sur l'universalité de la langue
française de 1782-1784 s'est avéré le début du déclin de cette langue.
|
5.2 Des réserves à
la prétendue universalité du français
Plusieurs contemporains de Rivarol ne se sont
pas gênés pour critiquer le Discours sur l'universalité de la langue française.
Par exemple, l'Allemand Peter Villaume
(1746-1825), cité dans
Le Mercure de France d'août 1785,
affirmait que le français était plutôt une langue «timide, lourde et peu
abondante». Il croyait même que «ce n'est pas par elle-même que la langue
française a obtenu l'universalité dont elle jouit». Quant au Lyonnais
Étienne
Mayet, il considérait que le français était inférieur à l'allemand et qu'il
était une langue pleine de bizarreries dans son orthographe et sa prononciation: «Il
n'y a peut-être point de langue qui présente plus d'irrégularités et de
bizarreries dans la syntaxe d'usage que la langue française» (cité dans
Le Mercure de France d'août 1785).
De tels points de vue sur les langues sont éminemment relatives, mais les esprits
critiques considéraient plutôt que le dynamisme politique, économique et
militaire de la France avait contribué à la valorisation du français. La
politique très agressive de Louis XIV était souvent évoquée comme un élément
indiscutable. Mais
Johann Christoph Schwab
avait aussi prédit que l'anglais, malgré «son manque d'attrait», allait voir
changer sa situation, lorsque la Grande-Bretagne acquerrait son «prodigieux
empire» en Amérique:
|
Ceci ne doit s'entendre que de
l'Europe, car la langue anglaise peut, en suivant le rapport des
accroissements de l'Amérique septentrionale, y acquérir un empire
prodigieux. |
En effet, après la perte de son
Empire en Amérique, la France sera écartée pour longtemps de la scène
internationale.
Néanmoins, la plupart des traités internationaux en Europe
furent rédigés en français, parfois en français et en latin. Avec le
traité de Paris de 1763, seul le
français fut utilisé dans tous les autres traités, même si la France avait perdu
la guerre. Évidemment, aucun décret ni aucune
loi ne fut adopté pour faire du français une langue diplomatique. Ce fut
simplement une question d'usage entre les États européens. Ce statut non
officiel ne fut jamais contesté jusqu'au traité de
Versailles de 1919, qui
allait mettre fin à la Première
Guerre mondiale.
Au XVIIIe
siècle, à partir des années 1740, la France vivait une
période d'anglomanie. L'avènement du parlementarisme anglais suscitait beaucoup
d'intérêt en France encore aux prises avec la monarchie absolue. Des
«philosophes» français, tels Montesquieu (1669-1755) et Voltaire (1694-1778), se rendaient en Angleterre
et revenaient dans leur pays en propageant de nouveaux mots. C'est à cette
époque que le français emprunta de l'anglais les mots motion, vote,
session, jury, pair, budget (< ancien français:
bougette «petit sac»), verdict, veto, contredanse (<
country-dance), partenaire (< partner), paquebot (< packet-boat),
rosbif, gigue, etc. La 5e édition
du Dictionnaire de l'Académie française, qui sera publiée en 1798, alors
que l'Académie était dissoute depuis le 8 août 1793 par la Convention nationale,
faisait figurer une soixantaine de nouveaux emprunts à l'anglais.
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Déjà, l'anglais avait commencé à concurrencer le français
comme langue véhiculaire. Après 1763, la perte du Canada, de la
Louisiane, de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Dominique, de la Grenade, de Tobago,
de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent et de Pondichéry, la France n'intervint à
peu près plus en Europe. La chute de la Nouvelle-France constituait la plus grande
perte de
l'histoire de France, qui finit par être
écartée de la scène internationale au profit de la Grande-Bretagne,
laquelle accrut sa richesse économique et sa prépondérance
grâce à la maîtrise des mers et à sa puissance
commerciale.
Face à des personnalités de premier plan comme Frédéric II de
Prusse, Marie-Thérèse d'Autriche, le premier ministre britannique William Pitt
(dit le Second) et bientôt Catherine II de Russie, le roi Louis XV de France apparaissait
d'autant plus faible qu'il était aux prises avec une grave crise religieuse,
parlementaire et financière, sans oublier les errements de Mme de Pompadour. |
Dans ces conditions, le français ne pouvait prendre que du recul, d'abord en
Amérique, puis en Europe et ailleurs dans le monde. Certes, le français
continuera d'être utilisé au Canada et en Louisiane, mais il régressera sans
cesse au profit de l'anglais. Au milieu du XVIIIe
siècle, l'anglomanie commençait en Europe et allait reléguer le français en
seconde place.
Nous savons aujourd'hui que l'expansion
d'une langue n'a rien à voir avec ses qualités internes;
les arguments de Rivarol ne résisteraient pas à l'analyse
en ce début du XXIe siècle. La position du français
au XVIIe siècle fascinait bien des esprits régnants
et exerçait encore au XVIIIe siècle une séduction
certaine. Le latin étant tombé en désuétude,
le français l'avait remplacé comme langue de vulgarisation scientifique.
Aucune autre langue ne pouvait rivaliser avec le français pour la quantité
et la qualité des publications, traductions ou journaux. Non seulement
le français servit comme instrument de communication international
en Europe, au surplus normalisé et codifié, mais il constitua
également un moyen d'identification pour les gens instruits. Connaître
le français, c'était faire preuve de son appartenance au cosmopolitisme
de son temps et, par le fait même, de son rang. Ce n'est pas un hasard si
plusieurs «pères de l'Indépendance» américaine, dont Benjamin Franklin, John
Adams, Thomas Jefferson, Robert Livingston, etc., seront des francophiles
bilingues ou polyglottes.
Durant encore de longues années, le sentiment de la perfection
du français fera partie des idées largement répandues en France. Pour sa part,
John Adams
(1735-1826),
qui deviendra un jour président des États-Unis, écrivait le 5 septembre 1780 dans une lettre
au président du Congrès:
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L'anglais est destiné, au
cours du prochain siècles et des siècles suivants, à être plus
généralement la langue du monde que le latin l'était en dernier ou le
français à l'époque présente. La raison de cela est évidente, parce que la
population croissante en Amérique et ses relations et ses écrits
universels avec toutes les nations auront pour effet, en cela facilité par l'influence de
l'Angleterre dans le monde, qu'elle soit grande ou petite, d'imposer sa
langue comme emploi généralisé, malgré tous les obstacles qui peuvent être
jetés sur son chemin, s'il doit y en avoir. |
En Europe, personne n'aurait pu croire que le «français de Louis XIV»
serait un jour déclassé par l'anglais, mais John Adams, en 1780, avait vu juste
au sujet de l'anglais en Amérique! Quoi qu'il en
soit, cet idéal de perfection aristocratique prêté au français ne pouvait pas durer, car la réalité allait
se charger de ramener le français à ce qu'il devait être: une langue parlée par de
vraies personnes faisant partie de la masse des Français, des Canadiens et des
Acadiens, non par des
aristocrates et des lettrés numériquement fort minoritaires. Le français demeura,
durant un certain temps encore, par-delà
les nationalités, une langue de classe à laquelle
toute l'Europe aristocratique s'était identifiée. Cette société
privilégiée restera figée de stupeur lorsque éclatera
la Révolution française, qui mettra fin à l’Europe
francisante.