25.11.21 г. МАГИСТРЫ 2 к ФО
преп. Алахвердиева Л.Г.
1)traduisez ce texte et faites l analyse:
Pascal Mérigeau QUAND ANGELE FUT SEULE ...
Bien sûr, tout n'avait pas
toujours marché comme elle l'aurait souhaité pendant toutes ces années; mais
tout de même, cela lui faisait drôle de se retrouver seule, assise à la grande
table en bois. On lui avait pourtant souvent dit que c'était là le moment le
plus pénible, le retour du cimetière. Tout s'était bien passé, tout se passe
toujours bien d'ailleurs. L'église était pleine. Au cimetière, il lui avait
fallu se faire embrasser par tout le village. Jusqu'à la vieille Thibault qui
était là, elle qu'on n'avait pas vue depuis un an au moins. Depuis
l'enterrement d'Emilie Martin en fait. Et encore, y était-elle seulement, à
l'enterrement d'Emilie Martin ?
Impossible de se souvenir. Par
contre, Angèle aurait sans doute pu citer le nom de tous ceux qui étaient là
aujourd'hui. André, par exemple, qui lui faisait tourner la tête, au bal, il y
a bien quarante ans de cela. C’était avant que n'arrive Baptiste. Baptiste et
ses yeux bleus, Baptiste et ses chemises à fleurs, Baptiste et sa vieille
bouffarde, qu'il disait tenir de son père, qui lui-même... En fait ce qui lui
avait déplu aujourd'hui, ç'avait été de tomber nez à nez avec Germaine Richard,
à la sortie du cimetière. Celle-là, à soixante ans passés, elle avait toujours
l'air d'une catin. Qu'elle était d'ailleurs.
Angèle se leva. Tout cela était
bien fini maintenant. Il fallait que la mort quitte la maison. Les bougies tout
d'abord. Et puis les chaises, serrées en rang d'oignon le long du lit. Ensuite,
le balai. Un coup d'œil au jardin en passant. Non, décidément, il n'était plus
là, penché sur ses semis, essayant pour la troisième fois de la journée de voir
si les radis venaient bien. Il n'était pas non plus là-bas, sous les saules. Ni
même sous le pommier, emplissant un panier. Vraiment, tout s'était passé très
vite, depuis le jour où en se réveillant, il lui avait dit que son ulcère
recommençait à le taquiner. Il y était pourtant habitué, depuis le temps. Tout
de même, il avait bientôt fallu faire venir le médecin. Mais celui, il le
connaissait trop bien pour s'inquiéter vraiment. D'ailleurs, Baptiste se
sentait déjà un peu mieux... Trois semaines plus tard, il faisait jurer à
Angèle qu'elle ne les laisserait pas l'emmener à l'hôpital. Le médecin était
revenu. Il ne comprenait pas. Rien à faire, Baptiste, tordu de douleur sur son
lit, soutenait qu'il allait mieux, que demain, sans doute, tout cela serait
déjà oublié. Mais, quand il était seul avec elle, il lui disait qu'il ne
voulait pas mourir à l'hôpital. Il savait que c'était la fin, il avait fait son
temps. La preuve, d'autres, plus jeunes, étaient partis avant lui... Il aurait
seulement bien voulu tenir jusqu'à la Saint-Jean. Mais cela, il ne le disait
pas. Angèle le savait, et cela lui suffisait. La Saint-Jean il ne l'avait pas
vue cette année. Le curé était arrivé au soir, Baptiste était mort au petit
jour. Le mal qui lui sciait le corps en deux avait triomphé. C'était normal.
Angèle ne l'avait pas entendue
arriver. Cécile, après s'être changée, était venue voir si elle n'avait besoin
de rien. De quoi aurait-elle pu voir besoin ? Angèle la fit asseoir. Elles
parlèrent. Enfin, Cécile parla. De l'enterrement bien sûr, des larmes de
quelques-uns, du chagrin de tous. Angèle l'entendait à peine.
Baptiste et elle n'étaient jamais
sortis de Sainte-Croix, et elle le regrettait un peu. Elle aurait surtout bien
aimé aller à Lourdes. Elle avait dû se contenter de processions télévisées.
Elle l'avait aimé son Baptiste dès le début, ou presque. Pendant les premières
années de leur mariage elle l'accompagnait aux champs pour lui donner la main.
Mais depuis bien longtemps, elle n'en avait plus la force. Alors elle
l'attendait veillant à ce que le café soit toujours chaud, sans jamais être
bouillant.
Elle avait appris à le surveiller
du coin de l'œil, levant à peine le nez de son ouvrage. Et puis, pas besoin de
montre. Elle savait quand il lui fallait aller nourrir les volailles, préparer
le dîner. Elle savait quand Baptiste rentrait. Souvent Cécile venait lui tenir
compagnie. Elle apportait sa couture, et en même temps les dernières nouvelles
du village. C'est ainsi qu'un jour elle lui dit, sur le ton de la conversation
bien sûr, qu'il lui semblait bien avoir aperçu Baptiste discutant avec Germaine
Richard, près de la vigne. Plusieurs fois au cours des mois qui suivirent,
Cécile fit quelques autres " discrètes " allusions. Puis elle n'en
parla plus. Mais alors Angèle savait. Elle ne disait rien. Peu à peu elle
s'était habituée. Sans même avoir eu à y réfléchir, elle avait décidé de ne
jamais en parler à Baptiste, ni à personne. C'était sa dignité. Cela avait duré
jusqu'à ce que Baptiste tombe malade pour ne plus jamais se relever. Cela avait
duré près de vingt ans. Son seul regret, disait-elle parfois, était de n'avoir
pas eu d'enfants. Elle ne mentait pas. Encore une raison de détester la
Germaine Richard d'ailleurs, car elle, elle avait un fils, né peu de temps
après la mort de son père; Edmond Richard, un colosse aux yeux et aux cheveux
noirs avait été emporté en quelques semaines par un mal terrible, dont personne
n'avait jamais rien su. Le fils Richard, on ne le connaissait pas à Sainte-Croix.
Il avait été élevé par une tante, à Angers. Un jour cependant, c'était juste
avant que Baptiste ne tombe malade, il était venu voir sa mère. Cécile était
là, bien sûr, puisque Cécile est toujours là où il se passe quelque chose. Elle
lui avait trouvé un air niais, avec ses grands yeux bleus délavés. Angèle en
avait semblé toute retournée.
Cécile était partie maintenant.
La nuit était tombée. Angèle fit un peu de vaisselle. Elle lava quelques
tasses, puis la vieille cafetière blanche, maintenant inutile, puisqu'Angèle ne
buvait jamais de café. Elle la rangea tout en haut du bahut. Sous l'évier, elle
prit quelques vieux pots à confiture vides. A quoi bon faire des confitures,
elle en avait un plein buffet. Elle prit également quelques torchons, un paquet
de mort-aux-rats aux trois-quarts vide, et s'en alla mettre le tout aux
ordures. Il y avait bien vingt ans qu'on n'avait pas vu un rat dans la maison.
Pascal Mérigeau
Quand Angèle fut seule..., 1983
La bouffarde - толстая короткая трубка; трубка
(курительная)
catin - потаскуха, шлюха
en rang d'oignon(s)
— гуськом, в ряд
semi (semi-remorque); полуприцеп
semis (m) – посев
l'air niais — глуповатый (простоватый) вид
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