L'analytique 4 annee
Thérèse Desqueyroux de François Mauriac
Thérèse est une jeune
provinciale cultivée et intelligente, issue de la petite bourgeoisie landaise.
Elle épouse par conformisme, par intérêt financier, mais aussi par besoin
d’émancipation, Bernard Desqueyroux, un propriétaire terrien insignifiant et
sans charisme.
Pourquoi
l’avait-elle épousé ? C’était vrai qu’il n’avait montré aucune hâte. Thérèse se
souvient que la mère de Bernard, Mme Victor de la Trave, répétait à tout venant
: « Il aurait bien attendu, mais elle l’a voulu, elle l’a voulu, elle l’a
voulu. Elle n’a pas nos principes, malheureusement ; par exemple, elle fume
comme un sapeur : un genre qu’elle se donne ; mais c’est une nature très
droite, franche comme l’or. Nous aurons vite fait de la ramener aux idées
saines. Certes, tout ne nous sourit pas dans ce mariage. Oui…la grand-mère
Bellade…je sais bien… mais c’est oublié, n’est-ce pas ? On peut à peine dire
qu’il y a eu scandale, tellement ç’a été bien étouffé. Vous croyez à
l’hérédité, vous ? Le père pense mal, c’est entendu ; mais il ne lui a donné que
de bons exemples : c’est un saint laïque. Et il a le bras long. On a besoin de
tout le monde. Enfin, il faut bien passer sur quelque chose. Et puis, vous me
croirez si vous voulez : elle est plus riche que nous. C’est incroyable, mais
c’est comme ça. Et en adoration devant Bernard, ce qui ne gâte rien.
Oui, elle avait été en adoration
devant lui : aucune attitude qui demandât moins d’effort. Dans le salon
d’Argelouse ou sous les chênes au bord du champ, elle n’avait qu’à lever vers
lui ses yeux que c’était sa science d’emplir de candeur amoureuse. Une telle
proie à ses pieds flattait le garçon mais ne l’étonnait pas. « Ne joue pas avec
elle, lui répétait sa mère, elle se ronge. »
«
Je l’ai épousé parce que… » Thérèse, les sourcils froncés, une main sur ses
yeux, cherche à se souvenir. Il y avait cette joie puérile de devenir, par ce
mariage, la belle-sœur d’Anne. Mais c’était Anne surtout qui en éprouvait de
l’amusement ; pourquoi en rougir ? Les deux mille hectares de Bernard ne
l’avaient pas laissée indifférente. « Elle avait toujours eu la propriété dans
le sang. » Lorsque après les longs repas, sur la table desservie on apporte
l’alcool, Thérèse était restée souvent avec les hommes, retenue par leurs propos touchant les métayers, les poteaux de mine,
la gemme, la térébenthine. Les évaluations de propriétés la passionnaient. Nul
doute que cette domination sur une grande étendue de forêt l’ait séduite : «
Lui aussi, d’ailleurs, était amoureux de mes pins… » Mais Thérèse avait obéi
peut-être à un sentiment plus obscur qu’elle s’efforce de mettre à jour :
peut-être cherchait-elle moins dans le mariage une domination, une possession,
qu’un refuge. Ce qui l’y avait précipitée, n’était-ce pas une panique ? Petite
fille pratique, enfant ménagère, elle avait hâte d’avoir pris son rang, trouvé
sa place définitive ; elle voulait être rassurée contre elle ne savait quel
péril. Jamais elle ne parut si raisonnable qu’à l’époque de ses fiançailles :
elle s’incrustait dans un bloc familial, « elle se casait » ; elle entrait dans
un ordre. Elle se sauvait.
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