11. февраля
2021 Магистры 1
к ФО
1. L
analyse complexe du texte :
Albert
Camus « La chute»
Sur le pont, je passai derrière
une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus
près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux
sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et
mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route après une
hésitation...
J'avais déjà parcouru une
cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui, malgré la
distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui s'abat
sur l'eau. Je m'arrêtais net, mais sans me retourner. Presque aussitôt,
j'entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve,
puis s'éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée,
me parut interminable. [...]
Croyez-moi,
les religions se trompent dés l'instant qu'elle font de la morale et qu'elles
fulminent des commandements. Dieu n'est pas nécessaire pour créer la
culpabilité, ni punir. Nos semblables y suffisent, aidés par nous-mêmes. Vous
parliez du Jugement dernier. Permettez-moi d'en rire respectueusement. Je
l'attends de pied ferme : j'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le
jugement des hommes. Pour eux, pas de circonstances atténuantes, même la
bonne intention est imputée à crime. Avez-vous au moins entendu parler de la
cellule des crachats qu'un peuple imagina récemment pour prouver qu'il était le
plus grand de la terre ? Une boîte maçonnée où le prisonnier se tient debout,
mais ne peut pas bouger. La solide porte qui le boucle dans sa coquille de
ciment s'arrête à hauteur de menton. On ne voit donc que son visage sur lequel
chaque gardien qui passe crache abondamment. Le prisonnier, coincé dans la cellule,
ne peut s'essuyer, bien qu'il lui soit permis, il est vrai, de fermer les yeux.
Eh bien ça, mon cher, c'est une invention d'hommes. Ils n'ont pas eu besoin de
Dieu pour ce petit chef-d'oeuvre. [...]
Dans la
solitude, la fatigue aidant, que voulez-vous, on se prend volontiers pour un
prophète. Après tout, c'est bien là ce que je suis, refugié dans un désert de
pierres, de brumes, et d'eaux pourries, prophète vide pour temps médiocres,
Élie sans messire, bourré de fièvre et d'alcool, le dos collé à cette porte
moisie, le doigt levé vers un ciel bas, couvrant d'imprécations des hommes sans
loi qui ne peuvent supporter aucun jugement. Car ils ne peuvent le supporter,
très cher, et c'est toute la question. Celui qui adhère à une loi ne craint pas
le jugement qui le replace dans un ordre auquel il croit. Mais le plus haut des
tourments humains est d'être jugé sans loi. Nous sommes pourtant dans ce
tourment. Privés de leur frein naturel, les juges, déchaînés au hasard, mettent
les bouchées doubles. Alors, n'est-ce pas, il faut bien essayer d'aller plus
vite qu'eux. Et c'est le grand branlebas. Les prophètes et les guérisseurs se
multiplient, ils se dépêchent pour arriver avec une bonne loi, ou une
organisation impeccable, avant que la terre ne soit déserte. Heureusement, je
suis la fin et le commencement, j'annonce la loi. Bref, je suis juge-pénitent.
[...]
Prononcez
vous-même les mots qui, depuis des années, n'ont cessé de retentir dans mes
nuits, et que je dirai enfin par votre bouche : "Ô jeune fille, jette-toi
encore dans l'eau pour que j'aie une seconde fois la chance de nous sauvez tous
les deux !" Une seconde fois, hein, quelle imprudence ! Supposez, cher
maître, qu'on nous prenne au mot ? Il faudrait s'exécuter.
Brr...! l'eau est si froide ! Mais
rassurons-nous ! Il est trop tard, maintenant, il sera toujours trop tard.
Heureusement !
Lexique :
S’abattre- être renversé
Fulminer – entrer dans une
violente colère
Le crachat – salive
La cellule – la cavité ,ротовая полость
Prophète (m) – personne qui
prédit l’avenir
Branlebas (m) – agitation
désordonnée
juge-pénitent – судья наказующий
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