суббота, 11 декабря 2021 г.

 11 декабря 2021 Магистры 2 к 

преп. Алахвердиева Л.Г.

Тема: интерпретация текста

SAUVE-MOI                                                                  GUILLAUME MUSSO

 

« Penser à vous fait battre mon cœur plus vite, Et c'est la seule chose qui compte pour moi. »

 

Aujourd'hui est le premier jour du reste de ta vie.

Inscription anonyme gravée sur un banc de Central Park

C'est un matin de janvier, dans la baie de New York, à l'heure où le jour remporte sur la nuit...
Cette tempête, due à la rencontre entre une masse d'air humide en provenance du golfe du Mexique et une masse d'air froid descendant du Canada, progressera dans la journée en direction
de la Nouvelle-Angleterre.

Nous vous recommandons la plus extrême prudence.Vous êtes sur Manhattan 101.4, votre radio.Manhattan 101.4. Vous nous donnez dix minutes, nous vous donnons le monde...

Juliette frissonna en écoutant ces nouvelles. Vite, quelque chose pour se réchauffer. Elle chercha dans le placard : pas de café soluble, pas de thé. Un peu honteuse, elle en fut réduite à récupérer dans l'évier le sachet de thé utilisé la veille par Colleen.
Encore toute ensommeillée, elle se posa sur le rebord de la fenêtre pour regarder à travers la vitre la ville drapée d'un manteau blanc.

La jeune française était pleine de nostalgie, car elle savait qu’avant la fin de la semaine, elle aurait quitté Manhattan.

Cette décision n'avait pas été facile à prendre mais il fallait bien se rendre à l'évidence : si Juliette aimait New York. New York n'aimait pas Juliette. Aucun de ses espoirs, aucun de ses rêves ne s'était jamais réalisé dans cette ville.
Après le lycée, elle avait fait une classe prépa littéraire puis une maîtrise à la Sorbonne tout en jouant dans des clubs de théâtre universitaires. Puis elle avait été admise au cours Florent où elle passait pour l'une des élèves les plus prometteuses. Parallèlement, elle avait enchaîné les castings, tourné deux ou trois pubs, fait de la figuration sur quelques téléfilms. Mais tous ses efforts étaient restés vains. Alors, progressivement, elle avait revu ses ambitions à la baisse, acceptant des prestations dans des supermarchés ou des comités d'entreprise, des pièces de théâtre dans les goûters d'anniversaire, des animations à Euro Disney déguisée en Winnie l'ourson.
Son horizon semblait bouché mais elle ne s'était pas découragée pour autant. Prenant le taureau par les cornes, elle avait fait le grand saut vers les États-Unis. Des rêves de Broadway dans la tête, elle avait débarqué, pleine d'espoir, dans la Grande Pomme avec un statut de jeune fille au
pair. Ne disait-on pas que celui qui avait réussi à New York pouvait réussir n'importe où ?
Pendant la première année, sa garde d'enfant lui avait laissé du temps libre pour améliorer son anglais, perdre son accent et prendre des cours d'art dramatique. Mais aucune des auditions qu'elle avait passées n'avait débouché sur autre chose que de petits rôles dans des pièces expérimentales ou d’avant-gardes données dans des théâtres minuscules, des greniers ou des salles paroissiales.
Par la suite, pour gagner sa vie, elle avait enchaîné les petits boulots : caissière à mi-temps dans une supérette, femme de ménage dans un hôtel sordide d'Amsterdam Avenue, serveuse dans un
coffee shop...
Un mois plus tôt, elle avait pris la décision de rentrer en France. Colleen allait quitter l'appartement pour vivre avec son copain et elle n'avait ni le courage ni l'envie de rechercher une autre colocataire. Il était temps pour elle d'admettre son échec. Elle avait joué à un jeu risqué et avait perdu. Longtemps, elle avait cru être plus maligne que les autres, se jouant des pièges de la routine et des obligations. Mais aujourd'hui, elle se sentait complètement perdue, sans repères ni structures.
D'ailleurs, toutes ses économies étaient épuisées et son visa de jeune fille au pair avait expiré depuis longtemps, ce qui faisait d'elle une étrangère en situation irrégulière.
Son vol de retour vers Paris était prévu pour le surlendemain, si la météo le permettait.
Allez, ma petite. Arrête de t'apitoyer sur ton sort !
Elle fit un effort pour se lever, puis migra vers la salle de bains. Elle laissa tomber sa couverture, retira ses sous-vêtements et sauta dans la cabine de douche.
— Aaaahhhh ! hurla-t-elle en sentant le jet d'eau glacé sur sa peau.
Colleen s'était lavée la première et il ne restait plus une seule goutte d'eau chaude.
Pas très sympa, pensa Juliette.
Se laver à l'eau froide fut une véritable torture mais, comme elle n'était pas rancunière, elle s'empressa de trouver des excuses à son amie : Colleen terminait de brillantes études d'avocate et passait aujourd'hui un entretien d'embauche avec un prestigieux cabinet de la ville.
Juliette n'était pas narcissique même si, ce matin-là, elle resta un peu plus longtemps devant son miroir. De plus en plus souvent une question la taraudait :
Suis-je encore jeune ?
Elle venait d'avoir vingt-huit ans. Bien sûr qu'elle était encore jeune, mais force était de reconnaître que ce n'était plus comme quand elle avait vingt ans.



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