воскресенье, 5 декабря 2021 г.

 7 декабря 2021

преп. Л.Г.Алахвердиева

История языка

La France et la langue du temps moderne

Un peu d histoire

Il faut savoir que c'est le Cardinal Richelieu, ministre du roi Louis XIII*, qui décide la naissance officielle de l'Académie, en la chargeant d'une importante mission: fixer la langue à l'aide d'un dictionnaire et d'une grammaire. Le dictionnaire fut achevé en 1694. À partir du XVIIème siècle le français devient la langue universelle de l'Europe, en remplaçant le latin. On le parle dans toutes les cours. Les élites cultivées le lisent. Du XVIIème au XIXèmé siècle le français est la langue de l'aristocratie européenne et de la diplomatie mondiale. Les aristocrates préfèrent le français à leur langue maternelle. Les diplomates discutent et rédigent en français leurs traités. Cette suprématie devait se maintenir pendant deux cents ans. Mais la situation a profondément changé après la "belle époque" (début du XXème siècle). La langue française perd ses prérogatives et doit accepter le partage avec l'anglais; elle cesse d'être la langue la plus parlée dans le monde. Cependant le français reste  une langue de première importance.

À la fin du XVIIIe siècle, la langue  se replie dans le nord de l'Italie, mais s'étend vers la Corse et s'impose en Savoie.Dans l'ensemble, le français met à mal les langues et dialectes dans ce qu'on appellera plus tard l'«Hexagone».

À partir du XVIe siècle, cette langue française s'était répandue hors d'Europe. Elle reculera en Amérique du Nord, mais s'imposera dans les «îles» à côté d'une langue nouvelle, le créole, et résistera victorieusement au Québec et en Acadie. Au XIXe siècle, par des raisons en rien culturelles, la colonisation, d'abord monarchique, puis impériale, enfin républicaine, fait du français une réalité mondiale que le XXe siècle, dans un conflit culturel, compromet.

Selon la majorité des historiens, la France entre dans son XIXe siècle en 1814. La délimitation temporelle du XIXe siècle est sujette à controverse au sein de la recherche historique. Certains historiens affirment que le siècle commence en 1789, lors de la Révolution française alors que d'autres commencent ce siècle en 1814, après la défaite des armées napoléoniennes. Il y a également une divergence entre les chercheurs en histoire concernant la date de fin de ce XIXe siècle français, certains soutenant que le siècle se termine en 1914 au début du premier conflit mondial pendant que d'autres le terminent en 1945, date de la fin du deuxième conflit mondial. Néanmoins, en dépit de ces nombreux désaccords, la délimitation traditionnelle du XIXe siècle français reste la période s'étendant de 1814 à 1914.

Le pays entame, pendant ce siècle, une série de mutations tant politiques qu'économiques et sociales. Depuis 1789 la France est le laboratoire institutionnel de l'Europe avec en 81 ans, trois républiques, deux royaumes et deux empires, record inégalé en Europe. Sur les plans idéologique et politique, le XIXe siècle français restera principalement le siècle de l'opposition entre partisans des idéaux révolutionnaires et contre-révolutionnaires, et d'une lutte acharnée pour pérenniser une forme de régime stable entre républicains, monarchistes et bonapartistes. La démocratie et le parlementarisme finissent par s'imposer à la fin du XIXe siècle avec le triomphe des républicains et des libéraux et l'enracinement de la Troisième République. La France connaît un rayonnement international fort au XIXe siècle et est un acteur incontournable des relations internationales au même titre que les autres grandes puissances européennes. À cette époque, la France possède un vaste empire colonial, s'étendant sur tous les continents du monde.

La période 1789-1870 en fut une d'agitation et de changement de régimes (voir le tableau de gauche) à un point tel que les Britanniques disaient que  la Constitution française était une sorte de «périodique». Cette période marqua aussi le triomphe de la bourgeoisie, qui s'installait au pouvoir. Cette période d'instabilité commença avec la Révolution, alors que le français devint aussitôt «la langue de la Révolution française». Après le règne quasi militaire de Napoléon, ce fut le retour à la monarchie (la Restauration) qui, cette fois, était établie sur des bases constitutionnelles. Puis ce fut la IIe République, suivie d'un autre régime autoritaire lors du Second Empire de Napoléon III. La France se stabilisa avec la proclamation de la IIIe République en 1870. 

Pendant cette période, la Grande-Bretagne exerça sa suprématie non seulement en Europe, mais en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique. Ailleurs, on assista à l'expansion de la Russie, à l'indépendance de la Belgique, de la Grèce (contre les Turcs), de la Bulgarie et de la Serbie, ainsi qu'à l'unification de l'Italie et à celle de l'Allemagne. Pendant que l'Amérique se décolonisait, les grandes puissances européennes prirent possession de l'Afrique.

Par ailleurs, certaines innovations comme les chemins de fer, la navigation à vapeur, l'électricité, le téléphone, eurent un effet considérable, soit sur l'unification linguistique à l'intérieur des États, dont la France, soit sur la pénétration des langues les unes par les autres. L'amorce de l'industrialisation et de l'urbanisation entraîna des conséquences similaires. 

À la veille de la Révolution, la France était encore le pays le plus peuplé d'Europe (26 millions d'habitants) et l'un des plus riches. Néanmoins, tout ce monde paraissait insatisfait. Les paysans formaient 80 % de la population et assumaient la plus grande partie des impôts royaux, sans compter la dîme due à l'Église et les droits seigneuriaux, alors qu'ils recevaient les revenus les plus faibles. La bourgeoisie détenait à peu près tout le pouvoir économique, mais elle était tenue à l'écart du pouvoir politique. Pendant ce temps, la noblesse vivait dans l'oisiveté, et l'Église possédait 10 % des terres les plus riches du pays.

La masse des individus francais  qui composent la nation, parlaient  les jargons locaux, les patois . Six millions de Français ne parlent pas la meme  langue nationale. le bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le bressan, le lyonnais, le dauphinois, l'auvergnat, le poitevin, le limousin, le picard, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le béarnais, le basque, le rouergat et le gascon ; ce dernier seul est parlé sur une surface de 60 lieues en tout sens. Au nombre des patois, on doit placer encore l'italien de la Corse, des Alpes-Maritimes, et l'allemand des Haut et Bas-Rhin, parce que ces deux idiomes y sont très-dégénérés.

Enfin les nègres de nos colonies, dont vous avez fait des hommes, ont une espèce d'idiome pauvre comme celui des Hottentots, comme la langue franque, qui, dans tous les verbes, ne connaît guère que l'infinitif. Des langues telles le corse, le vivaro-alpin des Alpes et le francique de la région du Rhin sont des idiomes «très-dégénérés», rien de moins. Les «nègres» des colonies parleraient un «idiome pauvre... comme la langue franque

 Il y a la necessite d'anéantir les patois et d'universaliser la langue française»:

Après avoir constaté l'extrême variété des langages, on mentionnait «qu'au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes ignorent la langue nationale.

Le Comité d'instruction publique présentera un rapport sur les moyens d'exécution pour une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française. Il présentera des vues sur les changements qui en faciliteront l'étude et lui donneront le caractère qui convient à la langue de la liberté. le terme langue restait l'apanage exclusif du français appelé «notre langue». Tout ce qui n'est pas français devait s'appeler patois ou idiomes féodaux.

Dans une République une et indivisible, la langue doit être une. C'est un fédéralisme que la variété des dialectes, il faut le briser entièrement.

Il sera établi à Paris un grand institut, qui sera destiné au perfectionnement des lettres, des sciences et des arts.

Sous Robespierre, le décret du 2 thermidor, an II (20 juillet 1794) sanctionna la terreur linguistique. À partir de ce moment, les patois locaux furent pourchassés. Cette loi «linguistique» nous donne par ailleurs une bonne idée des intentions des dirigeants révolutionnaires : Tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du Gouvernement qui, à dater du jour de la publication de la présente loi, dressera, écrira ou souscrira, dans l'exercice de ses fonctions, des procès-verbaux, jugements, contrats ou autres actes généralement quelconques conçus en idiomes ou langues autres que la française, sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa résidence, condamné à six mois d'emprisonnement, et destitué.

Quoi qu'il en soit, ces mesures répressives ne furent jamais efficaces.  Une politique linguistique qui se donne comme objectif de faire changer la langue de plusieurs millions de personnes ne peut espérer aboutir à un résultat satisfaisant en quelques années. De fait, la pression que les autorités révolutionnaires tenteront d'exercer sera revue à la baisse pour revenir aux pratiques anciennes. Il faudra attendre au XIXe siècle et des décennies d'instruction obligatoire pour mettre en œuvre les politiques proposées par l'abbé Grégoire. 

La langue française de la bourgeoisie

Quant au code du français, c'est-à-dire la langue elle-même, il ne changea pas beaucoup au XVIIIe siècle. Le français populaire ne remplaça pas la langue aristocratique, car c'est la bourgeoisie qui imposa sa variété de français, pas le peuple. Or, cette variété n'était pas fondamentalement différente de celle de l'Ancien Régime. La seule influence populaire concernait la prononciation de l'ancienne diphtongue -oi qui, de (dans loi), passa à wa. Bref, c'est la prononciation qui se modifia le plus, avec le vocabulaire administratif.

La Révolution française a apporté de nouveaux mots et des significations nouvelles pour rendre compte d'un «monde nouveau». Les mots patrie, nation, peuple, fraternité, etc., ont fait l'objet de connotations quasi religieuses. Les appellations de Monsieur/Madame, furent remplacées par Citoyen/Citoyenne. Le 8 novembre 1793, on institua par décret la règle du tutoiement (Décret sur le tutoiement obligatoire) en s'inspirant de la Rome antique; on voulait ainsi marquer l'égalité de tous les citoyens entrer eux, mais le décret sera aboli dès juin 1795. Puis il fallut changer le calendrier romain, trop religieux, et le système des poids et mesures, sans oublier la toponymie et les prénoms associés à l'Ancien Régime. Cependant, le «tutoiement révolutionnaire» et le titre égalitariste de citoyen/citoyenne à la place de monsieur/madame ne persistèrent pas.

Quant au vocabulaire, il subit un certain remue-ménage en raison des nouvelles réalités politiques et sociales. Tout le vocabulaire politique administratif se modifia avec la disparition des mots relatifs à l'Ancien Régime et la création de mots nouveaux ou employés avec un genre nouveau. Certains mots sont restés, d'autres, non: Assemblée nationale, contre-révolutionnaire, antipatriotisme, anti-aristocratique, patriotiquement, concordat, convention, anticonstitutionnaire, antipopulaire, pacte républicain, etc. Malgré tout, le français ne fut pas envahi par des mots «populaires», sauf de façon exceptionnelle (pousse-cul). Après tout, c'est la bourgeoisie qui dirigeait les assemblées délibérantes, qui orientait les débats, qui alimentait les idées révolutionnaires et qui contrôlait le pouvoir dont le peuple était écarté. L'enseignement du français demeura une ambition que les petites écoles de village ne purent se permettre de satisfaire, faute de moyens financiers et faute d'instituteurs. 

Même à Paris les écoles publiques ne fonctionnèrent pas, sinon fort mal, en raison du manque d'instituteurs (salaires trop bas, recrutement déplorable, absence de formation, etc.). Dans les écoles qui arrivaient à fonctionner, les administrations locales préférèrent traduire en patois ou en dialecte plutôt que d'utiliser le français; par souci de réalisme, le système de la traduction se poursuivit tout au long de la Révolution, même sous la Terreur.

La Constitution du 3 septembre 1791 (qui ne fut jamais appliquée) rangeait l'instruction publique parmi les «Dispositions fondamentales garanties par la Constitution». :

Il sera créé et organisé une Instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes et dont les établissements seront distribué graduellement, dans un rapport combiné avec la division du royaume. – Il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre le citoyens, et les attacher à la Constitution, à la Patrie et aux lois.

Talleyrand (1754-1838), l'un des grands hommes politiques de l'époque, proposa en 1791 à l'Assemblée nationale qu'il y ait une école primaire dans chacune des municipalités afin que chaque citoyen soit encouragé à faire de la langue des droits de l'Homme sa propre langue: la langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous ; et cette foule de dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité, sera contrainte de disparaître : la force des choses le commande.

L'école allait donc devenir un moyen de la politique d'unité linguistique. L'article 1er du décret du Comite de l ‘instruction publique  précisait que l'enseignement public soit partout dirigée pour que le français devienne en peu de temps la langue familière de tous.Dans les faits, le français allait s'imposer comme seule langue d'enseignement, là où il y eut des écoles. Toutefois, ce ne fut pas aussi facile qu'on le croyait de construire des écoles dans toutes les municipalités! Les résultats furent décevants en raison du manque d'effectifs. Le pays manquait d'instituteurs, de manuels scolaires, de bâtiments, etc. Parmi les instituteurs, peu savaient suffisamment le français de façon à l'enseigner convenablement. Parmi la minorité d'enseignants maîtrisant le français, il y avait des nobles et des membres du clergé, alors que les autres n'étaient pas jugés suffisamment «patriotes». Le petit nombre qui restait demeurait bien faible pour subvenir aux besoins scolaires de toutes les villes et encore moins de tous les villages de France. De plus, le chaos politique dans lequel vivait la France empirait la situation. En 1794, espérant remédier à la situation, le gouvernement révolutionnaire décida de créer à Paris un centre de formation des maîtres appelé «l'École normale», un mot depuis resté dans l'usage. Le terme «normale» indique que les méthodes d'enseignement utilisées dans cette école doivent devenir la norme pour toutes les écoles relevant de l'État.

La réforme de l'orthographe

Il fallut aussi entreprendre une réforme de l'orthographe. À cette époque, les individus qui écrivaient à titre personnel, par exemple, à des parents ou des amis, ne suivaient pas toujours des règles orthographiques précises.

Dans les faits, le français devenait très utile pour créer au sein de la population un sentiment d'appartenance à la Nation menacée d'éclatement et pour servir de moyen efficace dans la gestion des armées de la République, en raison de la conscription obligatoire. Malgré tout, cette période agitée et instable fit progresser considérablement le français sur le territoire national. Les nouvelles institutions, plus démocratiques, firent qu'un très grand nombre de délégués de tous les départements ou divers représentants du peuple se trouvèrent réunis dans des assemblées délibérantes où le français était la seule langue utilisée. Une autre cause importante dans la francisation: la vie des armées. L'enrôlement obligatoire tira les hommes de toutes les campagnes patoisantes pour les fondre dans des régiments où se trouvèrent entremêlés divers patois, divers français régionaux et le français national, la seule langue du commandement. De retour dans leur foyer, les soldats libérés contribuèrent à l'implantation du français.

Les conséquences de la Révolution sur le français concernèrent davantage le statut que le code lui-même. La langue fit désormais partie intégrante du concept d'une nation moderne. L'unité politique passa par l'unification linguistique.

 A l’epoque napoleonniennne par souci d'économie, Napoléon 1  abandonna les écoles à l'Église, qui rétablit alors son latin anachronique. Quelques initiatives furent prises en faveur de l'enseignement du français, mais le bilan resta négatif: le nombre d'écoles demeura inférieur aux besoins et la pénurie de maîtres qualifiés laissa l'enseignement de la langue déficient. Dans l'ensemble, la diffusion du français dans les écoles accusa même un recul. Dans le sud de la France, on comptait même plus de maîtres de latin que de maîtres de français.

Sous l'impulsion de Lucien Bonaparte, le frère de Napoléon, l'Académie française fut reconstituée en 1803 au sein de l'Institut de France. Ce fut le retour au classicisme louis-quatorzien: le français devait être fixé de façon permanente. L'innovation, les nouvelles prononciations, les nouvelles règles, etc., furent rejetées, surtout toute orthographe nouvelle

D'ailleurs, près du pouvoir, ni la grammaire ni l'orthographe ne constituaient une préoccupation majeure. Une telle conjoncture ne pouvait guère favoriser une évolution rapide de la langue. De fait, on n'enregistra pas de changement linguistique à cette époque, sauf dans le vocabulaire, dont l'enrichissement provenait des suites de la Révolution. Les guerres napoléoniennes favorisèrent les contacts avec les armées étrangères, ce qui entraîna un certain nombre d'emprunts à l'anglais.  

Malgré le mouvement de conservatisme du Premier Empire, le français progressa néanmoins; tout d'abord par la très grande centralisation, ensuite par les guerres qui entraînèrent d'immenses brassages de population. Dorénavant, la langue française était celle de toute la nation, bien qu'un bilinguisme patois-français se maintenait, surtout dans le Sud. Une enquête impériale effectuée en 1810 révélait que 25 départements sur 130 n'utilisaient que le français. Il s'agissait d'un français caractérisé souvent par un accent particulier, un mélange de certaines expressions locales et une façon de conjuguer les verbes rejetée par les règles du français écrit. On y apprend que les «dialectes germaniques» étaient parlés en Alsace et en Lorraine (ce qui comprend le luxembourgeois au duché de Luxembourg devenu le «département des Forêts»), les «parlers flamands« dans le nord de la France, le breton en Basse-Bretagne, le basque au nord de l'Espagne, le catalan dans les environs de Perpignan, les «dialectes italiens» dans la région de Nice et en Corse.    

Hors de France, les conquêtes impérialistes de Napoléon achevèrent de discréditer le français dans toutes les cours européennes, et les nationalismes étrangers s'affirmèrent partout. Le français continua d'être utilisé à la cour du tsar de Russie, dans les traités de paix et dans les milieux scientifiques.

Les guerres napoléoniennes entraînèrent des retombées imprévues pour le destin de la langue française, en Belgique, en Suisse, à Haïti et en Louisiane.

Du côté de la langue, l'action de l'État refléta les forces contradictoires de l'époque. La création d'un système d'enseignement primaire d'État (non obligatoire) en 1830 releva d'un esprit libéral; cet enseignement s'adressait à tous et prescrivait l'usage de manuels en français (non plus en latin). Cette mesure s'inscrivit dans une politique générale des nations modernes pour lesquelles l'enseignement de la langue nationale constituait le ciment de l'unité politique et sociale. En revanche, la politique des programmes resta foncièrement conservatrice.

out l'enseignement de la langue française reposa obligatoirement sur la grammaire codifiée par François-Joseph-Michel Noël et Charles-Pierre Chapsal (Grammaire française, 1823) ainsi que sur l'orthographe de l'Académie française. Les élèves apprirent une énumération d'usages capricieux érigés en règlements qui ne tenaient pas compte des fluctuations possibles de la langue usuelle et où la minutie des exceptions formait l'essentiel de l'enseignement grammatical. Comme la connaissance de l'orthographe était obligatoire pour l'accession à tous les emplois publics, chacun se soumit. La «bonne orthographe» devint une marque de classe, c'est-à-dire de distinction sociale. La maîtrise des règles de la grammaire devint, à partir de 1832, obligatoire pour l'obtention de tout emploi public. Le temps où chacun écrivait comme il voulait était révolu pour faire place à une grammaire et une orthographe «bureaucratisées».

La Grammaire française de Noël et Chapsal connut plus de 80 éditions jusqu'en 1889. Évidemment, les enfants de la bourgeoisie réussissaient mieux que ceux de la classe ouvrière, qui montraient des réticences à adopter une prononciation calquée sur l'orthographe et dont les écarts ne pouvaient être que des «corruptions» et des «impuretés». 

Les nombreuses réformes pour simplifier l'orthographe échouèrent toutes les unes après les autres. Progressivement, vers 1850, se fixa la norme moderne du français: la prononciation de la bourgeoisie parisienne s'étendit à toute la France, expansion facilitée par la centralisation et le développement des communications (chemin de fer, journaux). Le français était devenu une langue codifiée et normalisée, respectée. Cette époque puriste raffolait des grammaires héritées du XVIIe siècle transmettant les mythes langagiers portant sur le génie de la langue, sa pureté, son «bon usage», comme au temps de Vaugelas, qu'on trouvait encore chez les meilleurs écrivains.

Cependant, la réalité démontrait qu'il existait une variétés d'usages français régionaux, que ce soit en France, en Belgique, en Suisse, voire en Amérique (Québec et Acadie) et aux Antilles. Vers 1835, certains parlers d'oïl étaient encore très vivaces comme en Picardie et en Champagne; la Normandie avait fait place à un français régional. Le breton en Bretagne et l'alsacien en Alsace demeuraient très vivants. Le sud de la France était bilingue dans les villes, patoisante dans les campagnes, mais 80 % des communes pratiquaient uniquement l'occitan dans 18 départements; lorsque le français était utilisé, c'était avec un fort accent méridional. La zone franco-provençale, qui allait de Lyon à la Suisse en passant par la Savoie, était bilingue (français-italien).

 La publication de l'Atlas Linguistique de la France (ALF), paru entre 1902 et 1910, pour avoir une idée précise de ces parlers régionaux. On y trouve 1421 cartes complètes. En 1863, une enquête statistique, plus ou moins fiable, effectuée sous le Second Empire révèle que, sur 37 510 communes, 8381 d'entre elles sont censées ignorer le français. On y apprend aussi que, sur plus de quatre millions d'enfants scolarisés et âgés de 7 à 13 ans, près de 450 000 (ou 12,5 %) ne parlaient que leur langue maternelle, et que 1,5 million d'enfants connaissaient un français oral, sans être capables de l'écrire. 

Si les forces conservatrices régnaient dans le domaine scolaire, la libéralisation gagna la langue littéraire et le vocabulaire de la langue commune. Contrecoup retardé de la Révolution française, le mouvement romantique révolutionna la langue littéraire et rompit avec l'humanisme classique sclérosé.

L'autorité en matière de langue devait cesser d'appartenir uniquement aux grammairiens et être aussi partagée par les écrivains: plus de dogmes, plus de mots interdits. «Tous les mots sont égaux en droit», proclamait Victor Hugo. À la fixité devait se substituer le mouvement; ce fut l'explosion de la poésie lyrique, sentimentale et pittoresque (Lamartine, Vigny, Hugo, Musset), l'avènement de la peinture des mœurs dans le roman, avec Victor Hugo, Alexandre Dumas, Stendhal (Henri Beyle), George Sand, Honoré de Balzac, etc., lesquels n'hésitèrent pas à employer la langue populaire et les mots argotiques. La plupart des romans de cette époque furent publiés en feuilletons dans les journaux et connurent ainsi une énorme diffusion, ce qui favorisa la diffusion du français.

L'oppression intellectuelle du Second Empire favorisa un vigoureux brassage idéologique des mouvements d'opposition; le vocabulaire libéral, socialiste, communiste, voire anarchiste, gagna la classe ouvrière. Les applications pratiques des découvertes en sciences naturelles, en physique, en chimie et en médecine apportèrent beaucoup de mots nouveaux nécessaires à tout le monde. De nouvelles sciences apparurent, avec leur lexique: l'archéologie, la paléontologie, l'ethnographie, la zoologie, la linguistique, etc. Les ouvrages de vulgarisation, les journaux, les revues et, une nouveauté, la publicité, diffusèrent partout les néologismes. Littré et Larousse consignèrent chacun ces nouveautés dans leur dictionnaire.

En même temps, la langue française se chargea d'encyclopédisme : les découvertes et les inventions dans tous les domaines se succédèrent de plus en plus rapidement et mirent en circulation des mots techniques, voire des systèmes entiers de nomenclature dont le monde francophone avait besoin.

Donc  on peut constater que a la fin du Second Empire, le français concernait tous les Français en France. Même si l'unité linguistique n'était pas encore réalisée complètement, elle était devenue irréversible et imminente, car les jeunes s'exprimaient de moins en moins en patois. Phénomène significatif, les patoisants virent leur parler local envahi par les mots du français moderne. Mais, à partir de ce moment, au plan international, c'est l'anglais qui viendra concurrencer le français et lui apporter les nouveautés qui rendent une langue vivante.

L'Église, ciment traditionnel de la société française, perd petit-à-petit de son influence avec la laïcisation progressive de l'État voulue par des républicains anticléricaux face aux monarchistes soutiens de l'Église. Sur le plan économique, la France est bouleversée par la révolution industrielle, entraînant une progressive industrialisation et la sortie d'une économie primaire. Cette industrialisation provoque un rééquilibrage démographique entre les villes et les campagnes. Dans les années 1910, la population citadine française atteint la barre symbolique des 50 %. Le XIXe siècle est également une période de relatives avancées sociales et scientifiques françaises. En 1914, les Français disposent déjà du droit de grève (loi Ollivier en 1864), d'une presse totalement libre (Loi sur la presse en 1881), du droit de syndicalisation (loi Waldeck-Rousseau en 1884), d'association (Loi sur les associations en 1901) et du droit de vote (depuis 1848, mis à part les femmes). L'instruction est rendue gratuite, laïque et obligatoire avec les lois Ferry de 1881-1882. Les avancées dans la médecine, de Pasteur notamment, permettent une amélioration des conditions de vie de la population. Lorsque l'unité linguistique est atteinte, il n'est plus nécessaire de poursuivre une uniformisation minutieuse. Mais aujourd'hui, maintenant que le français comme langue maternelle n'a jamais été aussi vivant, il doit relever le défi de hausser son statut comme langue seconde sur le plan international et faire face à la concurrence étrangère, principalement l'anglais.

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