среда, 15 декабря 2021 г.

 16 декабря 2021 г.

4 к ИСТОРИЯ ЯЗЫКА

Задание: ознакомиться и выучить лекции:

Plan

Conference 1.

1. Le rôle de l'Instruction publique dans l'apprentissage du français
    La mission «civilisatrice» de la France
    La loi Ferry
    Le maintien des patois
2. 
La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires
    La persistance du discours anti-patois
    Les droits des langues régionales

CONFERENCE 2.
Les changements linguistiques  contemporains
   1. La phonétique
    2.La grammaire et la conjugaison
    3.La féminisation des noms de métiers et professions
4. 
La question de l'orthographe française
    La crise des langues
    La «réforme» avortée de l'orthographe
    Les «rectifications» orthographiques
5. 
La coexistence des usages
    Belgique, Suisse et Québec
    Les pays créolophones et l'Afrique

CONFERENCE 3.
 
La normalisation et la législation linguistique
    La normalisation et les organismes linguistiques
    La langue officielle et la loi Toubon
Le français dans les organisations internationales
    L'Organisation des Nations unies
    Les organismes rattachées aux Nations unies
    Les grandes organisations internationales indépendantes de l'Onu

À la fin du XIXe siècle, le français est à peu près tel que nous le connaissons aujourd'hui. Le vocabulaire a continué de s'enrichir avec le parlementarisme de la IIIe République (1870-1940) et la création des partis politiques, la naissance des syndicats, de la grande finance et du grand capitalisme, la renaissance des sports, l'amélioration des moyens de transport: apparition de l'avion, de l'automobile, de l'autobus et du tramway électrique. Les emprunts à l'anglais d'outre-Manche pénètrent massivement dans la langue française. L'unité linguistique prônée lors de la Révolution française est en grande partie, car les patois sont davantage devenus l'affaire des gens plus âgés. Il fallut néanmoins quelques décennies d'efforts dans les écoles pour tenter de faire disparaître les «idiomes» parlés par les Français ruraux. Puis, la Première Guerre mondiale jeta les hommes de France pêle-mêle dans toutes les directions, colonies comprises. On n'avait jamais vu un tel brassage de populations, qui favorisa nécessairement l'uniformisation linguistique.

Le XXe siècle a vu l'enseignement du français se poursuivre dans les anciennes colonies françaises, que ce soit l'Afrique ou les DOM-TOM, mais où le français est une langue seconde. Dans toutes ces régions hors de France, le français doit sa présence à l'histoire, c'est-à-dire à la colonisation.  L'internationalisation du français entraîne forcément une réduction de la mainmise sur la langue française de la part de la France. Désormais, le français n'appartient plus seulement à la France, surtout depuis l'affirmation identitaire qui a gagné la Belgique francophone, la Suisse romande, le Québec, le Nouveau-Brunswick (Acadie) et même la Louisiane.

1 Le rôle de l'Instruction publique dans l'apprentissage du français

Un peu après le milieu du XIXe siècle (en 1863), on comptabilisait encore 7,5 millions de Français ignorant la «langue nationale» (sur près de 38 millions d'habitants, soit 20 %). Selon les témoignages de l'époque, les enfants des villages de province ne retenaient guère le français appris à l'école; cette langue ne semblait pas laisser plus de trace que le latin n'en laissait à la plupart des élèves sortis des collèges. Les élèves reparlaient «le patois au logis paternel».

En 1831, dans l'une des lettres des préfets des Côtes-du-Nord et du Finistère à M. de Montalivet, ministre de l'Instruction publique, on pouvait lire ce texte sans équivoque dont le discours semble assez radicalisé:
 

[Il faut] par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement, la corruption du breton, jusqu'au point où, d'une commune à l'autre, on ne puisse pas s'entendre [...], car alors la nécessité de communication obligera le paysan d'apprendre le français. Il faut absolument détruire le langage breton.

La France s'est mise à pratiquer ce qu'on appellerait aujourd'hui un «génocide culturel» plus systématique dans les régions françaises, particulièrement en Bretagne, singulièrement stigmatisée. Cette directive de monsieur Auguste Romieu, sous-préfet de Quimper en 1831, serait considérée au XXIe siècle comme de la pure discrimination:

Multiplions les écoles, créons pour l'amélioration morale de la race humaine quelques unes de ces primes que nous réservons aux chevaux; faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants qui parleront le français [...].

Dans toutes les écoles, la primauté de l'enseignement est accordée à la langue nationale. Les règlements locaux témoignent de cette nécessité. Ainsi, tel était le Règlement pour les écoles primaires élémentaires de l'arrondissement de Lorient, adopté par le Comité supérieur de l'arrondissement, en 1836 et approuvé par le recteur en 1842:
 

§ 2. Discipline

Article 19

Chaque classe commence et se termine par une prière en français, qui est arrêtée par le comité local sur proposition du curé.

Article 21

Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré. S'exprimer en breton et parler "grossièrement" font l'objet de la même prohibition.

En 1834, le Comité d'instruction primaire de l'arrondissement de Brest adoptait un règlement sur les écoles primaires. Selon l'article 19, le breton pourra seulement être un moyen auxiliaire d'enseignement:

Article 19

Il est interdit aux instituteurs d'enseigner l'idiome breton; ils pourront seulement se servir de cette langue pour communiquer avec les enfants qui n'entendraient pas le français.

1.1 La mission «civilisatrice» de la France

En 1845, ceux qu'on appellerait aujourd'hui les «linguicides» ne se taisaient plus! En témoignent ces propos d'un sous-préfet du Finistère aux instituteurs: «Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne.» Rien de moins, «tuer» la langue bretonne! À cette époque, on semblait vraiment en vouloir particulièrement au breton. Ainsi, un secrétaire particulier dans l'entourage du politicien François Guizot (qui fut ministre de l'Instruction publique), écrivit ce qui suit en 1841 à propos de la Bretagne :

Nous avons presque à civiliser cette province si belle mais encore si sauvage. [...] Qu'une ligne de chemin de fer soit construite à travers ce pays, une circulation rapide s'établira, des populations bretonnes descendront vers la France centrale, et des populations de provinces plus avancées en civilisation viendront à leur tour visiter la Bretagne. Un chemin de fer apprendra en dix ans plus de français aux Bretons que les plus habiles instituteurs primaires [...]. C'est vraiment pitié de ne point travailler plus activement que nous le faisons à civiliser, à franciser tout à fait cette belle province à l'entêtement si fier, aux sentiments si généreux.

 

Ce discours sur la mission civilisatrice de la France sera repris dans toutes les nouvelles colonies, que ce soit en Indochine, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie, à Madagascar, etc. 

Voici comment en 1929 Lyautey résumait dans l'Atlas colonial français la mission civilisatrice et humaniste de la France dans les colonies: 

La colonisation, telle que nous l’avons toujours comprise n’est que la plus haute expression de la civilisation. À des peuples arriérés ou demeurés à l’écart des évolutions modernes, ignorant parfois les formes du bien-être le plus élémentaire, nous apportons le progrès, l’hygiène, la culture morale et intellectuelle, nous les aidons à s’élever sur l’échelle de l’humanité. Cette mission civilisatrice, nous l’avons toujours remplie à l’avant-garde de toutes les nations et elle est un de nos plus beaux titres de gloire

Bref, offrir au monde le français, avec la culture qu’il véhicule, était perçu comme un devoir patriotique et une obligation morale: le français était imposé comme langue officielle de l'administration coloniale; les langues indigènes étaient ignorées en tant que langues inférieures. 

1.2 La loi Ferry

Avec l'adoption de la loi Ferry, qui institua la gratuité de l'école primaire (1881) et rendit obligatoire (1882) l'enseignement primaire ainsi que la laïcisation des programmes scolaires (voir le texte de la loi Ferry), le français s'imposa finalement sur tout le territoire de la France et se démocratisa. L'objectif de Jules Ferry était surtout d'éliminer le clergé des écoles publiques. Dans les campagnes, certains membres du clergé encourageaient même l'emploi des patois comme forme de résistance à la République. On forma des instituteurs laïcs qui furent appelés plus tard «les hussards noirs de la République», en raison de leur «uniforme», une longue redingote noire et une casquette plate. Ces instituteurs formés à l'École normale et vêtus de noir furent considérés comme de véritables «missionnaires laïcs» répandant dans les campagnes leur idéal de laïcité, de tolérance et du savoir éclairé. Ils constituaient une véritable «infanterie enseignante» destinée à démanteler l'école catholique, c'est-à-dire «lutter contre l'obscurantisme» et «promouvoir les avaleurs républicaines». Les patois ne purent que difficilement résister aux méthodes de répression et aux techniques de refoulement, de délation ou d'espionnage, qui marquèrent des générations d'enfants.

Parallèlement, Jules Ferry fut un ardent partisan de l'expansion coloniale française, notamment en Tunisie et à Madagascar. Ses adversaires politiques le surnommèrent le «Tonkinois». Ferry propose des mesures d'assimilation afin de franciser les «indigènes» des colonies. Le 28 juillet 1885, Jules Ferry prononça un discours sur «les fondements de la pensée coloniale» de la Troisième République, ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui les justifications de l'impérialisme français :
 

Messieurs, je suis confus de faire un appel aussi prolongé à l'attention bienveillante de la Chambre, mais je ne crois pas remplir à cette tribune une tâche inutile. Elle est laborieuse pour moi comme pour vous, mais il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d'arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d'expansion coloniale, bien entendu, sage, modérée et ne perdant jamais de vue les grands intérêts continentaux qui sont les premiers intérêts de ce pays. [...]

Messieurs, il y a un second point, un second ordre d'idées que je dois également aborder [...] : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question.  [...] Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures.  [...] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.  [...] Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.

Tout au cours du XXe siècle et jusque dans les années 1960, les gouvernements ont adopté pas moins de 40 lois concernant surtout l'enseignement, la presse, l'administration et l'orthographe. Au début du siècle, comme la francisation n'allait pas assez vite au gré du ministère de l'Éducation nationale, les autorités suggérèrent fortement de faire nommer des instituteurs qui ignoraient tout des parlers locaux. 

1.3 Le maintien des patois

Néanmoins, en 1926, le grammairien Ferdinand Brunot (1860-1938), écrivait dans son Histoire de la langue française que les patois étaient encore bien vivants dans les campagnes: 

Au XVIIIe siècle, comme de nos jours, le patois était chez lui partout où l'on causait au village [...]. À l'heure actuelle, le français est la langue des villes, le patois la langue des campagnes.

On se souviendra sans doute des panneaux affichés un peu partout en Bretagne, que ce soit dans les autobus, les écoles ou autres lieux publics: «Interdiction de parler breton et de cracher par terre.» Beaucoup d'enfants furent punis parce qu'ils parlaient breton à l'école: ils devaient rejeter la langue de leurs parents. Ces procédés ont été heureusement abandonnés et l'on ne retrouve plus d'affiches contemporaines du genre: «Il est interdit de cracher par terre et de parler patois.» Mais les patois ne sont pas disparus pour autant. Il s'agissait, en fait, de techniques d'assimilation que la France a largement utilisées, au cours du XIXe siècle, dans son empire colonial: au Maghreb, en Afrique noire, dans l'océan Indien (île de La Réunion) et dans le Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, etc.).

Il est vrai, sous la IIIRépublique (1870-1940), l'école réussit à propager l'enseignement du français de façon plus efficace, même si le purisme s'est poursuivie durant de longues décennies. D'abord, l'enseignement du latin fut définitivement abandonné, ce qui a permis au français de prendre la place accordée au latin. L'accession de toutes les classes de la société française, y compris les femmes, à l'alphabétisation et à la scolarisation accéléra la chute des patois au profit de la langue commune. Il en fut ainsi dans la diffusion des journaux.

2.la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires

Les patois français ont changé de nom et, depuis l'Union européenne, ils sont devenus des «langues régionales» en France, mais non pas encore des «langues minoritaires». Dans ce monde du «politiquement correct», si le terme «dialecte» est de moins en moins employé, le mot «patois» est quasiment disparu du vocabulaire des politiciens français; ils craignent de paraître mal en y associant une valeur péjorative.

Même si la linguiste Henriette Walter affirme dans Le français dans tous les sens, qu'«il n'y a aucune hiérarchie de valeur à établir entre langue, dialecte et patois», tous sont devenus plus prudents avec ces termes aujourd'hui controversés. Quoi qu'il en soit, pour la plupart des locuteurs, le mot patois a une connotation de dévalorisation, sinon c'est le mot «langue» qu'on utiliserait. 

Et la linguiste de préciser ainsi les conditions dans lesquelles sont apparus les patois:

Le latin parlé en Gaule […] s'est diversifié au cours des siècles en parlers différents. […] Lorsque cette diversification a été telle que le parler d'un village ne s'est plus confondu avec celui du village voisin, les linguistes parlent plus précisément de patois. Mais, à leurs yeux, il n'y a aucune hiérarchie de valeur à établir entre langue, dialecte et patois.

Si pour une linguiste comme Mme Walter, il n'existe aucune hiérarchie de valeur entre les mots «langue», «dialecte» et «patois», il n'en est pas ainsi pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. En effet, pour la plupart des simples mortels, une hiérarchie s'est établie : la «langue» est supérieure au «dialecte». Quant au «patois», il est encore associé à un «langage rudimentaire». Néanmoins, c'est Henriette Walter qui a raison!

2.1 La persistance du discours anti-patois

Cela étant dit, le discours anti-patois est toujours resté très profond chez les dirigeants politiques français contemporains. Par exemple, en 1972, Georges Pompidou (1911-1974), alors président de la République, déclarait au sujet des langues régionales: «Il n'y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France qui doit marquer l'Europe de son sceau.» Il est vrai que, depuis plus de vingt-cinq ans, le discours sur cet épineux sujet a beaucoup changé dans ce pays, mais pas les actes. C'est ainsi que François Mitterand (1916-1996), président de la République de 1981 à 1995, annonçait ses couleurs au sujet des langues de France, deux mois avant son élection (1981, à Lorient):

Le temps est venu d'un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l'école, de la radio et de la télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu'elles méritent dans la vie publique.

Toutefois, malgré ce discours à saveur électoraliste, la situation n'a pas évolué considérablement, car, lors des débats sur le traité de Maastricht, Robert Pandraud (né en 1928, député et ancien ministre) déclarait, le 13 mai 1992, qu'il était inutile de faire apprendre aux enfants des dialectes en lieu et place d'une langue internationale (lire «l'anglais») :

Je rends hommage à l'école laïque et républicaine qui a souvent imposé le français avec beaucoup d'autorité — il fallait le faire — contre toutes les forces d'obscurantisme social, voire religieux, qui se manifestaient à l'époque. Je suis également heureux que la télévision ait été un facteur d'unification linguistique. Il est temps que nous soyons français par la langue. S'il faut apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas perdre leur temps avec des dialectes qu'ils ne parleront jamais que dans leur village: enseignons-leur le plus tôt possible une langue internationale!

Là, nous ne sommes plus en 1850, ni en 1950, mais dans les années 1990; il faut dire que le député Pandraud a souvent eu des propos . contestables. Il affirmait, par exemple, que «la peur du gendarme a toujours été le commencement de la sagesse», prônant ainsi les méthodes fortes. À en croire les déclarations de la part des personnalités officielles, les dirigeants français ne doivent se préoccuper que de la langue française. En mai 1997, Daniel Gauchon, inspecteur de l'Éducation nationale, déclarait qu'il fallait privilégier la culture et la langue française et non pas les langues régionales .

Autrement dit, «privilégier» le français est synonyme d'exclusion de toute autre langue! On se croirait dans un débat en Amérique latine pour savoir s'il faut enseigner l'espagnol ou les langues amérindiennes et, dans l'éventualité où il conviendrait d'enseigner aussi ces langues, faudrait-il aller jusqu'à les enseigner aux hispanophones? Non, bien sûr! En France, tout enseignement des langues régionales est considéré comme facultatif, jamais obligatoire, et il n'est surtout pas question de les enseigner aux «francophones».

Par exemple, les velléités de l'Assemblée de Corse à ce sujet ont vite été réduites à néant lorsque le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 janvier 2002, a donné le feu vert à l'enseignement de la langue corse «dans le cadre de l'horaire normal des écoles maternelles et élémentaires» de l'île, en insistant sur le caractère facultatif de cet enseignement. En réalité, c'est un système courant dans de nombreux pays: les langues minoritaires ne doivent pas être enseignées à la majorité. En ce sens, le français, une langue minoritaire au Canada, ne devrait pas être enseigné aux anglophones dans les écoles de l'Ontario ou du Nouveau-Brunswick! Pourquoi le français en Ontario et pas l'occitan en France? Parce que, bine sûr, le français est une langue. Comme le corse, l'occitan, le franco-provençal, le breton, l'alsacien, etc. Lorsqu'une langue minoritaire n'est pas enseignée dans un système scolaire, c'est par choix politique, rien d'autre. Sinon ce sont des prétextes qui servent de paravent.  On peut comprendre l'affiche du parti régionaliste alsacien Alsace d'abord (ADA).

2.2 Les droits des langues régionales

Quand on étudie la législation linguistique de la France, on constate que ce pays a adopté une quantité impressionnante de lois portant sur les cultures et les langues régionales, sur les collectivités territoriales et sur la langue française. On compte au moins une douzaine de lois, une vingtaine de décrets, plus de 40 arrêtés (dont une vingtaine sur la terminologie) et autant de circulaires administratives. La plupart de ces textes juridiques traitent avant tout de la langue d'enseignement et de la terminologie française. Cela signifie que la législation française porte moins sur les droits linguistiques que sur la promotion de la langue française considérée du point de vue du code lui-même. Il s'agit là d'une vieille tradition qui consiste à ignorer les langues régionales dans l'enseignement et l'espace public. 

Pour ce qui est des droits des langues régionales, les textes juridiques n'en parlent d'ailleurs que très peu. Toutefois, la tendance actuelle est d'élargir le droit à la différence et de reconnaître la spécificité de ces langues régionales, surtout depuis la signature, le 7 mai 1999, de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Après la signature de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, un communiqué du premier ministre précisait que la France souscrivait à 39 engagements parmi les 98 proposés par la Charte. Lors de sa déclaration consignée du 7 mai 1999, le gouvernement français a justifié sa signature en prenant d'infinies précautions, notamment au sujet des notions de «protection de minorités» et de «droits collectifs».

C'est seulement au moment de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires que serait précisée la liste des langues concernées — probablement l'alsacien, le breton, le basque, le catalan, le corse, le flamand, le provençal et l'occitan — ainsi que les engagements s'appliquant à chacune des langues. Il semble que les dispositions applicables aux langues régionales seraient «à géométrie variable». Quoi qu'il en soit, la France n'est pas encore prête à ratifier la Charte.

D'ailleurs, le président français, Nicolas Sarkozy (élu en 2007), a déclaré être opposé à sa ratification.

Cependant, M. Sarkozy s'est dit «favorable à ce que le droit des parents à inscrire leurs enfants dans une classe bilingue français + langue régionale soit reconnu, dès lors que la demande est suffisante.» Plus précisément, un enseignement bilingue à la maternelle et au primaire serait «possible» pour les élèves dont les familles le demandent et dont le nombre est jugé suffisant, mais il ne pourrait être imposé. Évidemment qu'aucune minorité n'est opprimée, car juridiquement la notion de «minorité» n'existe pas en France!

Quand des observateurs regardent la France de l'extérieur, ils ne comprennent pas pourquoi les politiciens français ont développé une attitude aussi timorée à l'égard de leurs langues régionales, lesquelles devraient constituer une richesse pour le patrimoine culturel et linguistique du pays.

En réalité, la classe politique française a toujours eu peur d'en faire «trop» pour ses langues régionales, l'idéologie des anciens patois faisant encore partie de leur culture politique. Pour le moment, les langues régionales demeurent sans reconnaissance et sans statut officiels. La France, qui prône la diversité linguistique au sein des organismes internationaux, se montre incapable de la reconnaître sur son propre territoire. Il semble bien que les dirigeants français ne soient pas prêts à prendre de tels risques. La tradition centralisatrice de l'État est depuis fort longtemps trop ancrée dans les mentalités. De nombreux dirigeants français voient dans la Charte un complot tramé par Bruxelles pour affaiblir la France . Bref, les dinosaures ne sont pas encore disparus en France et ils ont la vie dure, et ils mènent la vie dure aux langues régionales!

Conference 2.

 Les changements linguistiques  contemporains

Lorsqu'on compare le français du XIXe siècle et celui d'aujourd'hui, force est de constater qu'il existe un certain nombre de changements, même s'ils paraissent mineurs par rapport au XVIIIe siècle.

1. La phonétique

Au point de vue phonétique, nous pouvons constater dans le nord de la France une réduction, voire la quasi-disparition, des distinctions entre la voyelle [a] antérieure et brève dans patte et la voyelle postérieure et longue dans pâte, sauf au Québec et hors de France (les anciennes colonies) où cette différence se maintient encore. De même, nous pouvons noter une différence mineure entre la voyelle orale [un] dans brun et la nasale [in] dans brin au profit de la dernière. Il est donc possible qu'un jour on assiste à des réductions dans les autres voyelles nasales [an] dans banc et [on] dans bon.

On remarque aussi des influences notables de la graphie sur la prononciation. Par exemple, des consonnes qui n'étaient pas prononcées il y a plusieurs décennies ont tendance aujourd'hui à être prononcées: dompter [don-té], moeurs [meur], août [ou] et cassis [kasi] ont tendance à devenir [domp-té], [meurss], août [outt] et [kasiss]. 

2. La grammaire et la conjugaison

Nous n'indiquerons que certaines tendances, soit les plus fréquentes. Si le passé simple s'est bien maintenu dans la narration écrite, il est pratiquement disparu de la langue orale. Des formes telles nous fûmesnous connûmes, etc., sont perçues comme nettement exagérées. C'est encore plus évident avec l'imparfait du subjonctif dans que nous arrivassionsque vous vous reposassiez, etc., ou avec le plus-que-parfait dans que nous nous fussions reposés ou que nous eussions fini. Si les francophones acceptent d'entendre au théâtre dans Cyrano «il faudrait que je l'amputasse» (en parlant du nez de Cyrano), ils poufferaient de rire en l'entendant dans une conversation normale ou dans un discours électoral.

Tout francophone a dû travailler ferme pour apprendre les fameuses règles du participe passé. On s'attend à voir à l'écrit «les fautes qu'il a faites», mais à l'oral la tendance est nettement au non-accord: «les fautes qu'il a fait». Beaucoup de francophones hésitent entre l'auxiliaire avoir et être dans «je suis tombé» et «j'ai tombé», «il a tombé» et «il est tombé», etc.

Le futur se fait généralement en ajoutant -era-ira ou -ra dans il mange/il mangerail finit/il finira. Cependant, la langue orale a tendance à préférer le futur proche dans il va manger et il va finir ou j'vais y aller. Mais lorsque la négation est utilisée, le retour au futur normal est quasi systématique: il ne mangera pasil ne finira pas et j'irai pas. On n'entend plus rarement il ne va pas manger, il ne va pas finir ou je n'vais pas y aller, une question d'économie de moyens. Quant à la négation elle-même, le ne... a aussi tendance à disparaître à l'oral dans il mange pas ou il finit pas

3. La féminisation des noms de métiers et professions

À la fin du XXe siècle, la féminisation des noms de métiers et professions a soulevé une autre controverse. Cette autre réforme a commencé à entrer dans les mœurs françaises avec la décision du ministère de l'Éducation nationale d'appeler désormais au féminin les noms de métiers et professions exercés par des femmes relevant de son autorité. Ainsi, toute femme employée dans ce même ministère, le plus important par le budget et par le nombre de personnes impliquées en France, sera appelée une inspectrice, une doyenne, une maîtresse de conférence, une professeur agrégée, une chef de service.

Le ministère français de l'Éducation nationale était alors la première administration française à appliquer concrètement une directive récente du premier ministre prescrivant la féminisation des titres. C'est l'ancien premier ministre français (Lionel Jospin) qui a semblé regretter (mars 1998) que la féminisation lancée par l'un de ses prédécesseurs, Laurent Fabius (en 1984), n'ait pu aboutir. Il avait demandé alors à une commission de terminologie et de néologie de faire «le point sur l'état de la question», notamment «à la lumière des pratiques passées et des usages en vigueur dans d'autres pays francophones». On pense surtout à la Belgique et au Québec, où cette question était déjà débattue depuis quelques années.

Or, en France, la féminisation des noms de métiers, de grades ou de fonctions s'est toujours heurtée à de fortes oppositions, notamment de la part de l'Académie française qui décide officiellement de ce qui est conforme à la langue. Au début de l'année 1998, cette noble institution fondée en 1635, avait lancé une adresse solennelle au président de la République (alors Jacques Chirac) au sujet de l'appellation Madame la Ministre, estimant que la fonction des ministres ne leur conférait pas «la capacité de modifier [...] la grammaire française et les usages de la langue». L'Académie française avait même déploré l'emploi chez les Québécois des mots une auteureune professeureune écrivaine et chez les Belges une sapeuse-pompière. La savante Académie a alors affirmé: «Ce n'est pas à la France de donner l'exemple de semblables déviations, et cela, chez les membres du pouvoir exécutif.» Évidemment, le français va changer, même contre l'avis de la docte Académie!

Cette prise de position de l'Académie française avait suscité un tollé de protestations non seulement au Québec et en Belgique, mais aussi chez les associations féminines françaises, qui l'avaient jugée rétrograde. En effet, plusieurs femmes parmi les ministres avaient répliqué qu'elles tenaient à la féminisation de leur fonction. Contrairement à l'orthographe, espérons que la féminisation des noms de métiers, de grades ou de fonctions aura plus de succès. Encore une fois, en matière de langue, la France semble se montrer frileuse, tant la tradition pèse lourdement.

Cela étant dit, en catimini, une circulaire datée du 6 mars 1998 («Circulaire du 6 mars 1998 relative à la féminisation des noms de métiers, fonction, grade ou titre») émanant du premier ministre Lionel Jospin invitait les administrations à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions: «Pour accélérer l'évolution en cours, j'ai demandé à la commission générale de terminologie et de néologie de mener une étude qui, à la lumière des pratiques passées et des usages en vigueur dans d'autres pays francophones fera le point sur l'état de la question.»

Finalement, un guide de la féminisation a été publié en 1999 et portait le titre de Femme, j'écris ton nom... Dans les faits, la féminisation de ces termes en France apparaît comme un décalque de l'approche québécoise, mais jamais l'État français ne s'en est vanté. On peut lire dans le guide ce qui suit (p. 21): «Les règles énoncées ci-dessous complètent les recommandations formulées dans la circulaire parue au Journal officiel du 11 mars 1986. Elles suivent de même, dans leur ligne générale, les propositions émanant de Suisse, du Québec et de Belgique publiées entre 1991 et 1994.»

4. La question de l'orthographe française

L'enseignement de la langue française manifeste encore aujourd'hui des signes de conservatisme inévitables dans la mesure où les réformes de l'orthographe ont toutes avorté, et ce, depuis plus de deux siècles: l'archaïsme et la complexité du système restent intacts. Les linguistes dénoncent en vain le caractère arbitraire de l'orthographe, qui ne correspond plus à la réalité linguistique contemporaine. Pour prendre un seul exemple, il est tout de même ahurissant de constater que, dans le mot oiseau, aucun des lettres ne soit effectivement prononcées puisqu'on dit [wazo].

4.1 La crise des langues

L'usager moyen respecte de moins en moins les normes écrites et hésite à consacrer un temps qu'il croit disproportionné à l'apprentissage de la langue écrite. Plusieurs voient même, dans le maintien de l'orthographe actuelle, un moyen de discrimination sociale. Abstraction faite des prises de position idéologiques en cette matière, la détérioration de la langue écrite se généralise et met celle-ci dans une situation critique en France, au Québec, en Belgique et en Suisse romande. 

La «crise des langues» touche aussi d'autres pays industrialisés comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Hongrie, la Chine, la Corée, la Croatie, etc., sans atteindre toutefois des proportions aussi endémiques que dans les pays francophones, particulièrement au Québec. Pour le linguiste Alain Rey: «La crise des langues n'est qu'un aspect de la crise, permanente, des sociétés, et peut-être une manière d'en masquer en partie la nature essentiellement politique.» Que le problème soit pédagogique, social ou politique, il faudra bien un jour trouver des solutions. Après tout, les Italiens, les Espagnols, les Hollandais et les Norvégiens ont réformé leur orthographe. En France, il aurait fallu s'y mettre dès le XVIIe ou au XVIIIe siècle, alors que peu de gens savaient lire et écrire. Aujourd'hui, plusieurs croient qu'il est trop tard. Pendant ce temps, les francophones ont mal à leur orthographe.

4.2 La «réforme» avortée de l'orthographe

L'année 1990-1991 a été justement marquée par ce qu'on a appelé en France «la réforme de l'orthographe». Rappelons donc quelques faits. En octobre 1989, le premier ministre français de l'époque, M. Michel Rocard, donnait le mandat au Conseil supérieur de la langue française (dirigé par M. Bernard Quémada et composé de grammairiens, linguistes, responsables de l'enseignement, écrivains, éditeurs, etc.) de réfléchir à des modifications modérées de l'orthographe en vue d'harmoniser les orthographes hésitantes (plusieurs milliers de mots dans cette situation) et de simplifier le système d'accentuation. Ce mandat n'avait donné lieu à aucun commentaire.

Le Conseil supérieur présenta en juin 1990, après consultations et avis favorable de l'Académie française, des propositions portant sur cinq points. Ces propositions, concernant environ 1500 mots, portaient essentiellement sur les points suivants:

- le trait d'union, supprimé dans quelques dizaines de cas (porteclé, chauvesouris, etc., mais faisant son apparition dans les numéraux au-dessus de cent (deux-cent-un);
- l'accord de certains type de noms composés: des pèse-lettres (un pèse-lettre), des après-midis, des brises-glaces, etc.;
- l'accent circonflexe du [i] et du [u] supprimé, sauf quelques exceptions;
- les accents: harmonisation pour les verbes en - eler et - eter (il ruissèle, j'époussète);
- le participe passé de laisser suivi d'un infinitif demeure invariable.

Les réactions se sont multipliées: des écrivains, des journalistes et quelques associations d'enseignants ont combattu ces propositions, soutenus par cinq prix Nobel. Plusieurs furent indignés parce qu'on remettait en cause le «génie de la langue française». Dès lors, les académiciens apparurent partagés; le président de la République française recommanda d'aborder ce problème  «avec bon sens et gentillesse». À l'époque, les médias français ont parlé d'un échec. C'est que, tant que la moindre modification de l'orthographe française sera considérée comme mettant en péril l'unité de la Nation française, il n'y aura pas de changement possible!

4.3. Les «rectifications» orthographiques

Après la publication le 6 décembre du Rapport du Conseil supérieur de la langue française concernant les «rectifications de l'orthographe» au Journal officiel sous la forme d'un document administratif (c'est-à-dire n'ayant aucune portée contraignante), l'Académie française délibéra de nouveau, confirma son accord en l'assortissant d'une «période probatoire» devant permettre à l'usage de s'établir tout en se réservant le droit de revenir sur les rectifications. On ne parle plus de «réforme», mais de simples «rectifications».

Il est possible, après tout, que la simplification du pluriel des noms composés et la francisation des noms étrangers aient plus de chances d'être acceptées. Néanmoins, il semble bien que l'orthographe française continuera, selon l'expression du linguiste Pierre Encrevé, d'être «l'instrument d'humiliation favori de l'école française, premier lieu du contrôle social». 

5. La coexistence des usages

Un autre trait caractéristique de notre époque: la coexistence des normes et des usages français. Alors que jamais le nombre des locuteurs francophones n'a été aussi élevé et que jamais un aussi grand nombre d'États ne se sont intéressés au français, l'Autorité traditionnelle semble être morte. L'Académie française a perdu beaucoup de sa crédibilité et semble être devenue le vestige d'une époque révolue. Pensons à la réforme avortée de l'orthographe et à la position controversée sur la féminisation des titres. Aujourd'hui, les nouveaux «maîtres» de la langue sont davantage les médias et les publicitaires, dont l'influence est autrement plus considérable que celle des académiciens ou des terminologues. Dans ces conditions, les normes se modifient au gré des modes et des régions où l'on parle le français.

Dans chaque région du monde où l'on parle le français, il s'est développé une prise de conscience de la langue comme instrument d'identification nationale. Les Wallons, les Suisses romands, les Québécois, les Acadiens, les Maghrébins, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Antillais, etc., ne veulent pas nécessairement parler «comme les Français». Chaque pays, voire chaque région, a tendance à cultiver sa propre norme locale, c'est-à-dire une variété de français qui a conservé un certain nombre de traits originaux. Il existe des français régionaux un peu partout en France, mais aussi un français de Wallonie, un français bruxellois, un français québécois, un français acadien, un français néo-calédonien, etc. 

5.1 Belgique, Suisse et Québec

Le français de Belgique constitue une variante régionale du français, et il est caractérisé par des belgicismes, des wallonismes, des termes bruxellois locaux (ou brusseleir) et un accent bien particulier. Il en est ainsi du français de Suisse caractérisé, outre un accent, par des helvétismes (ou des romandismes) et des germanismes. Le français du Québec, comme le français acadien, se caractérise par ses archaïsmes, ses québécismes (ou acadianismes en Acadie) et ses anglicismes. Évidemment, les phénomènes liés au climat, au sol et à certaines réalités locales occasionnent souvent des régionalismes différents pour les Belges, les Suisses, les Québécois, les Acadiens et les Français.

- Les mots courants

Mentionnons des exemples connus en France (surtout dans la région de Paris), comme le repas du matin qui s'appelle le petit-déjeuner, celui du midi, le déjeuner et celui du soir, le dîner, alors qu'au Québec, en Belgique et en Suisse, on emploie respectivement déjeunerdîner et souper. Rappelons qu'en Belgique et en Suisse on dit septante (70) et nonante (90), tandis qu'en Suisse on privilégiera huitante (au lieu de octante) dans les cantons de Vaud, du Valais et de Fribourg, mais quatre-vingts dans les cantons de Genève, de Neuchâtel et du Jura. Alors qu'on fait du shopping en France, on magasine au Québec, mais dans les deux cas on peut aussi «faire des courses». Si les Français «garent» leur voiture dans le parking, les Québécois «parquent» leur voiture dans le stationnement. Le scooter des neiges et le jet-ski des Français deviennent une motoneige et une motomarine pour les Québécois. Le portable des Français est un cellulaire pour les Québécois. Si l'on mange des cacahuètes en France, on mange des arachides ou des peanuts au Québec. Au véhicule récréatif ou VR des Québécois, les Français préfèrent le camping car et les Belges, un mobil-home. De même, on trouve chewing-gum en France, chique en Belgique et gomme au Québec. Ce que les Français identifient comme étant des baskets (chaussures de sport), les Canadiens francophones préfèrent surtout les espadrilles, bien que dans certaines régions on trouve des runnings et, plus rarement, des sneakers ou des shoe-claques. En réponse à un merci, un Français dira de rien, mais un Québécois répondra par bienvenu et un Belge par s'il vous plaît. Si l'on fait la queue en Belgique et au Québec, on fait la file en France! Et il serait possible d'aligner des centaines d'autres exemples du genre; la comparaison des anglicismes serait aussi très pertinentes. Voici ci-dessous quelques exemples de comparaison des régionalismes

Belgicismes

Helvétismes

Québécismes

athénée: lycée de garçons (parfois mixte)
avant-midi: matinée
belle-mère: lavette (vaisselle)
bretteur: quelqu'un qui a un fort tempérament
cloque (au pied): ampoule
dîner: repas du midi
dix-heures: collation en milieu de la matinée
doubleur: élève qui redouble une classe
drache: très grosse pluie
chicon
: endive
clignoteur: clignotant
légumier: vendeur de légumes
bourgmestre: maire
louangeur: personne qui loue des voitures
minerval: frais de scolarité
carabistouilles: bêtises
évitement: déviation de la circulation
flat: petit appartement
mofleur: professeur inflexible aux examens
mitraille: petite monnaie
praline: bonbon au chocolat
septante
: soixante-dix
septantaine: environ soixante-dix
siroperie: fabrique de sirop
pelle à balayures: pelle à poussière
pistolet: petit pain rond
taiseux: qui cause peu

automate: distributeur automatique
azorer: réprimander
barboteuse: femme bavarde
canne de ski: bâton de ski
cassette: petite casserole
chafetane: cafetière
cocoler: cajoler, dorloter
couenne: croûte de fromage
couverte: couverture
cuissettes: short de sport
déjeuner: repas du matin (petit-déjeuner)
dîner: repas du midi
drache (fém.): averse
dringuelle (fém.): pourboire
écolage: frais de scolarité
femme d'ouvrage: femme de ménage
fermoir-éclair: fermeture à glissière
fourrure: doublure
gonfle: congère
gozette (fém.): chausson aux pommes
grenette: marché couvert
huitante: quatre-vingts
imperdable (fém.): épingle de sécurité
linge de bain: serviette de bain
neigeoter: neiger faiblement
fricasse: grand froid
nonante: quatre-vingt-dix

abatis: terrain partiellement essouché
érablière: plantation d'érables à sucre
banc de neige: amas de neige entassée
fin de semaine: du vendredi soir au dimanche
batture: partie du littoral laissé à découvert à marée basse
tabagie: marchand de tabac
crémage: glaçage (gâteau)
pitonnage: action de pitonner
biculturalisme: coexistence de deux cultures nationales
coureur des bois: chasseur-trappeur
cabane à sucre: bâtiment pour fabriquer du sirop d'érable
débarbouillette: petit gant de toilette
poudrerie: neige en rafales
cinéparc: cinéma de plein air
chefferie: candidat à la direction d'un parti politique
chérant: qui vend trop cher
jobine: de job, petit boulot
motoneige: scooter des neiges
sapinage: branches de conifère
suisse: tamia
traversier: bac ou ferry-boat
souffleuse: chasse-neige à fraise
mitaine: moufle
magasinage: faire des courses
partisannerie: esprit de parti
quétaine : de mauvais goût
quêteux: mendiant

La question des anglicismes est également digne d'intérêt, car les mots empruntés à la langue anglaise ne sont généralement pas les mêmes de part et d'autre de l'Atlantique, et ils ne sont pas employés en même quantité. L'influence de l'anglais n'est pas aussi importante en Europe qu'elle peut l'être en Amérique du Nord.

- Les anglicismes des Français européens

Les mots empruntés à l'anglais, que ce soit en France, en Belgique ou en Suisse, sont reliés à des termes à la mode (récente) ou des domaines très en vogue et en grande partie véhiculés par les médias : baskets («chaussures de sport»), briefing («exposé verbal»), booker («personne qui fait des réservations»), camping car («véhicule récréatif»), charter («vol nolisé»), chewing-gum («gomme à mâcher»), ferry ou ferry boat («traversier»), e-mail («courriel»), kitchenette («cuisinette»), mountain bike («vélo de montagne»), parking («parc de stationnement»), pull («chandail»), pressing («nettoyeur»), sponsor («commanditaire» ou «mécène»), webmaster («webmestre»), etc. Voici quelques exemples d'anglicismes employée en France au cours des années 2010.

Étant donné que les Français sont relativement peu en contact avec des locuteurs de langue anglaise, il y a peu d’anglicismes dans le registre familier du français hexagonal et périphérique (Belgique et Suisse). Cependant, ceux-ci sont beaucoup plus présents dans le français professionnel (commerce, marketing, politique, musique) et ils sont associés à une ouverture sur le monde et à la modernité. L'anglais fait «bon chic bon genre». Pour plusieurs raisons, les Français sont peu portés à la francisation des anglicismes, sans oublier que la plupart de ces anglicismes sont prononcés «à la française», comme l'atteste le mot ferry boat en [fe-ri-bo-at] (en anglais: [fè-Ri-bôt]. Les Français se font imposer des mots anglais par des spécialistes du marketing à Paris, alors que les Québécois, comme nous le verrons, ont recours aux mots anglais parce qu’ils les entendent à l'année longue dans leur vie quotidienne; ils finissent par s’introduire dans leur langue et à prendre une place quasi exclusive.

5.2 Les pays créolophones et l'Afrique

Les régionalismes français n'existent pas seulement au Québec, en Belgique ou en Suisse. Ils sont nombreux non seulement en France, mais aussi aux Antilles, en Afrique, dans la région de l'océan Indien (La Réunion, île Maurice, île Rodrigues) et dans le Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie et Wallis-et-Futuna).

Dans presque toutes les îles des Caraïbes, les locuteurs parlent le créole comme langue maternelle, mais le français est la langue officielle dans plusieurs îles: Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Haïti. Or, ces insulaires ont néanmoins créé des régionalismes français. En Haïti, les régionalismes proviennent du vieux fonds français ou d'emprunts sémantiques au créole.
 

aller à la commode: aller à la toilette
assesseur: conseiller municipal
avoir la bouche sucrée: mal prononcer le français; éprouver de sérieuses difficultés de prononciation
baroque: impoli, mal élevé
bébé: belle femme
bêtiser: raconter des bêtises
bonjour: ne se dit que jusqu'à midi
bonsoir: ne se dit qu'à partir de midi
bourgeois: personne riche

cale: petit morceau (de pain, de viande, etc.)
chérant: commerçant qui vend à un prix excessif
chèqueur: personne qui touche un salaire sans rien faire
heure haïtienne: heure approximative correspondant à un retard assez important
macoute: récipient ou sac fait de grosse toile; homme de main (politique)
machine: voiture, automobile
morne: petite montagne isolée de forme arrondie
patate (gagner une): gagner son pain

Comme dans le cas d'Haïti, les régionalismes français de la Martinique et de la Guadeloupe proviennent de la souche antillaise et créolophone. Là aussi, les archaïsmes français sont fréquents, mais les constructions populaires abondent également. Si les Français habitant la Martinique et la Guadeloupe ont tous le français comme langue maternelle, il y a aussi des Noirs et des Mulâtres qui l'ont adopté, bien que la plupart des Martiniquais et des Guadeloupéens l'utilisent généralement comme langue seconde.
 

argent braguette: allocations familiales
bailler: donner
biguine: danse traditionnelle des Antilles
bombe: petit car (bus) rapide
cabaret: plateau
combat de coqs: conflits entre deux hommes (mâles)
commère: amie, femme bavarde; mère de l'enfant (par rapport à la marraine)
compère: parrain (par rapport au père) ou père de l'enfant (par rapport au parrain)

couleuvre: boa
couresse: couleuvre
grand-bras: variété de grosses crevettes
morne: petite montagne isolée de forme arrondie
queue-rouge: variété de grosses crevettes
ti-bois: sorte de tambour
trace: sentier en montagne
zhabitant: personne qui habite la campagne
zouker: danser sur du zouk (danse)

L'un des effets de la décolonisation a été l'adoption du français comme langue officielle par de nombreux États africains. Les dirigeants des nouveaux pays avaient tous une bonne connaissance du français et parfois ils en avaient adopté l'usage. Le français est donc devenu une langue incontournable dans les États officiellement francophones où il se sont élaborés des «africanismes». Dans les pays d'Afrique, les africanismes correspondent aux régionalismes utilisés en français dans les pays d'Afrique francophone. Les anciennes colonies françaises du continent africain ont développé un certain nombre de termes spécifiques utilisés par les élites qui connaissent le français. Certains termes désignent des réalités régionales et plusieurs correspondent à des formations populaires. Évidemment, les régionalismes ne sont pas nécessairement employés par tous les locuteurs parlant français. Rappelons que pour les Africains d'origine le français n'est utilisé que comme langue seconde.
 

aller au bord: faire ses besoins dans la nature [au bord de l'eau] (Côte d'Ivoire)
alphabète: personne qui a appris à lire et à écrire (Burkina Faso)
ambiancer: faire la fête (Sénégal)
article quinze: système D (Congo-Kinshasa)
avocat: bénéficiaire d'un pot-de-vin (Congo-Kinshasa)
avoir la bouche sucrée: aimer parler (Bénin)
avoir une grande bouche: avoir la langue bien pendue (Niger)
avoir la bouche qui marche beaucoup: avoir la langue bien pendue (Centrafrique)
avoir une mémoire de poule: avoir la tête de linotte (Mali)
balle perdue: enfant fait hors mariage (Togo)
bandicon: imbécile (Mali)
berceuse: bonne d'enfant (Burkina Faso)
blanc-bec: Blanc incompétent (Congo-Kinshasa)
bonne arrivée: formule de bienvenue (Bénin)
bonsoir: bonjour (Congo-Kinshasa)
bordel: prostituée (Togo)
bouffement: nourriture (Tchad)
boule de neige: chou-fleur (Sénégal)
boyesse (fém.): de boy, femme de ménage (Congo-Kinshasa)
broussard: personne qui habite la province (Sénégal)
cabiner: faire ses besoins (Sénégal)
camembérer: sentir des pieds (Sénégal)
campusard: étudiant qui habite le campus universitaire (Congo-Kinshasa)

chameau: dromadaire (Maroc)
change (masc.): monnaie à rendre (Togo)
chercher le marché: courir les filles (Togo)
chicoter: frapper avec la chicote [= cravache] (Togo)
cigaretter: fumer des cigarettes (Togo)
concourant: candidat à un concours (Burkina Faso)
copiste: copieur, tricheur (Mali)
débrouillé: personne qui se débrouille dans une langue étrangère (Mali)
démarreur sexuel: vendeur d'aphrodisiaques (Côte d'Ivoire)
deuxième bureau: maîtresse d'un homme marié (Bénin)
enceinter: rendre enceinte (Togo)
essencerie: station service (Sénégal)
être au besoin: aller aux toilettes (Togo)
faire les couloirs: se faire recommander pour obtenir une faveur (Mali)
faire coup d'État: prendre à quelqu'un son ou sa petit(e) ami(e) (Mali)
faire le ronron: se rendre intéressant, faire le malin (Côte d'Ivoire)
faire ses besoins: vaquer à ses occupations (Sénégal)
femme savante: étudiante universitaire (Congo-Kinshasa)
fiançailles académiques: liaison éphémère durant l'année universitaire (Congo-Kinshasa)
fonctionner: être fonctionnaire (Togo)
gagner l'enceinte: être enceinte (Bénin)

gagner son mil: gagner son pain (Togo)
gargote: petit restaurant bon marché (Sénégal)
gossette: petite amie (Sénégal)
heure africaine: heure approximative correspondant à un retard assez important (Sénégal)
indexer: indiquer du doigt (Burkina Faso)
jaguar (être): être élégant et à la mode (Bénin)
lampion: dispositif lumineux placé sur le toit d'un taxi (Sénégal)
londonnienne: prostituée des boîtes à Blancs (Congo-Kinshasa)
macas: pâtes alimentaires (Niger)
ménagerie: travaux ménagers (Bénin)
pain chargé: sandwich (Sénégal)
parentisme: népotisme (Togo)
portier: gardien de but au football (Sénégal)
radio-trottoir (fém.): diffusion d'informations parallèle au discours politique officiel (Congo-Kinshasa)
serruté: fermé à clef (Sénégal)
slipé: qui porte un slip (Sénégal)
sous-marin: amant d'une femme (Bénin)
se toiletter: se laver (Bénin)
typesse: femme de peu d'intérêt (Togo)
valise diplomatique: attaché-case (Congo-Kinshasa)
vélo poum-poum: vélomoteur (Mali)
vidange (fém.): bouteille vide (Rwanda)
zognon: oignon (Centrafrique)
zondomiser: éliminer un rival de façon violente (Congo-Kinshasa)

De plus, les régionalismes n'apparaissent pas seulement dans le lexique, mais aussi dans la phonétique et la grammaire. C'est ainsi que tous les francophones ont leur accent, même les Français. Cependant, pour un Québécois, l'«accent français» est souvent confondu avec un accent «européen», car même un Allemand parlant français pourra être perçu comme ayant un «accent français»! 

Tous ces régionalismes provenant de plusieurs pays francophones peuvent être appelés francophonismes, et ce, qu'ils soient d'origine française, belge, suisse, québécoise, acadienne, antillaise, mauricienne ou ivoirienne. Ils démontrent qu'il y a différentes façons d'employer la langue commune, c'est-à-dire que plusieurs normes coexistent tout en demeurant du français.

Cela étant dit, les francophones se permettent de moins en moins d'ignorer la langue commune — le français standard —, mais ils ne semblent plus hantés par les questions relatives à la «pureté», à la «distinction» et à la «qualité». La spontanéité et l'aspect fonctionnel comptent davantage, sans mettre en péril la communication. Un phénomène nouveau est apparu: la France est certes le berceau historique de la langue française, mais elle n'en est plus le propriétaire exclusif. Cette langue appartient maintenant à de nombreux peuples et à plusieurs États qui se partagent cette langue. 

CONFERENCE 3.

La normalisation et la législation linguistique

Notre époque subit l'influence de la suprématie de l'anglais dans le monde. Le français ne fait pas exception à la règle: l'industrie du spectacle, les produits industriels, les sciences et les nouvelles technologies, les moeurs des États-Unis enrichissent la langue. Mais le français semble réussir convenablement à se protéger contre l'anglais pour renouveler son lexique en recourant à des organismes linguistiques.

La normalisation et les organismes linguistiques

À l'instar de plusieurs pays, le gouvernement français a institué de nombreux organismes chargés de créer une terminologie française et d'assurer la défense et l'expansion de la langue.

En France, l'Académie française rend obligatoires certains mots nouveaux; le Haut-Comité de la langue française veille à la qualité de la langue; l'Association française de terminologie, qui agit conjointement avec l'Office québécois de la langue française (OQLF) et le Service de la langue française de la Communauté française de Belgique, s'occupe de néologie en recensant les besoins et en créant de nouveaux mots.

Depuis 2001, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), rattachée au ministère français de la Culture et de la Communication, joue un rôle de réflexion, d'impulsion et de coordination, en assurant le suivi des dispositifs législatifs et réglementaires (loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française) et en s'appuyant sur un réseau d'organismes partenaires (Conseil supérieur de la langue française, Commission générale de terminologie et de néologie). La DGLFLF soutient et coordonne l'action des différents acteurs qui concourent à l'élaboration des néologismes (commission générale de terminologie et de néologie, Académie française, commissions spécialisées, ministères partenaires, etc.) et s'emploie à mettre ces ressources à la disposition du public. De plus, la DGLFLF concourt par son action à la diffusion de la langue française en Europe et dans le monde.

Par ailleurs, la Délégation générale a maintenant pour mission de prendre en compte, aux côtés du français, les langues régionales parce que celles-ci constituent «un patrimoine immatériel vivant et créatif» et qu'elle sont partie prenante d'une politique en faveur de la diversité culturelle et linguistique. La DGLFLF contribue à promouvoir et faire connaître le patrimoine et les productions contemporaines qui s'expriment dans les langues de France; elle soutient la mise en valeur de ces langues par le théâtre, la chanson, le livre, et toutes disciplines où la langue est instrument de création; elle contribue à élargir leur espace d'expression en favorisant leur emploi dans les champs de la modernité culturelle et technique, comme l'audiovisuel et le multimédia. Selon la DGLFLF, les langues appelées «langues régionales» sont celles parlées par des «citoyens français» depuis assez longtemps sur le territoire national pour faire partie des richesses communes, comme le flamand, le basque, le corse, les créoles ou le tahitien. Sont appelées dorénavant «langues minoritaires» les «langues non territoriales» (extérieures à la France) comme l'arabe dialectal, le romani (tsigane), le berbère ou le yiddish.

En Belgique, le Service de la langue française de la Communauté française de Belgique est chargé de mettre en oeuvre la politique de la langue française en Communauté française, en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française, ce dernier étant un organisme consultatif chargé de conseiller le ministre ayant la langue dans ses attributions sur toute question relative à l'usage et à la diffusion de la langue française. Depuis sa création, le Service de la langue française réalise concrètement les tâches qui relèvent d'une politique de la langue française en Communauté française, notamment l'image du français auprès des Wallons et des Bruxellois, l'évaluation des compétences écrites des élèves des deux dernières années du secondaire général, du technique et du professionnel, les modalités d'enseignement de la grammaire, la situation du français dans les sciences en Communauté française, la situation du français à Bruxelles, les besoins et ressources terminologiques en Communauté française de Belgique, l'identification des normes sociolinguistiques des francophones belges et les particularités lexicales du français de Belgique dans les langues de spécialité.

Au Québec, l'Office québécois de la langue française a pour missions de définir et de conduire la politique québécoise en matière d'officialisation linguistique, de terminologie ainsi que de francisation de l'Administration et des entreprises; de veiller à ce que le français soit la langue habituelle et normale du travail, des communications, du commerce et des affaires dans l'Administration et les entreprises; de surveiller l'évolution de la situation linguistique au Québec et d'en faire rapport tous les cinq ans au ministre; d'assurer le respect de la Charte de la langue française; de prendre les mesures appropriées pour assurer la promotion du français. La Charte de la langue française a institué aussi deux autres organismes: la Commission de toponymie et le Conseil supérieur de la langue française.

En 
Suisse, la Délégation à la langue française (DLF) est un organe d'études, de consultation et de proposition, ainsi que de représentation de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). La DLF de Suisse a pour missions principales d'observer les pratiques et usages de la langue française en Suisse, en Suisse romande avant tout (fonction d'observatoire), de formuler des avis sur l'enseignement des langues, du français en particulier, ainsi que sur les questions générales de politique linguistique (fonction de service linguistique), de représenter la Suisse auprès des instances analogues dans les pays de langue française (fonction de représentation, de coordination et d'information). Outre les rectifications de l'orthographe et de la féminisation des termes de fonction et métier, la DLF s'occupe aussi des questions liées à l'image et à la présence du français en Suisse et dans le monde, à la langue française dans l'information scientifique et dans les nouvelles technologies, à la place et l'usage du français dans un contexte plurilingue, etc.

Le Réseau international de néologie et de terminologie (RINT) est une organisation internationale vouée au développement terminologique et à la coopération en matière d'aménagement linguistique. Le Conseil international de la langue française réunit des spécialistes de tous les pays francophones et publie des travaux terminologiques importants; il coordonne également le travail de certaines commissions de terminologie. La législation française interdit même l'emploi exclusif d'une langue étrangère en France dans la présentation des produits de consommation.

La profusion terminologique gagne la langue commune, qui présente des traits techniques évidents, voire technocratiques. Parallèlement, la publicité apporte sa contribution: des mots ou expressions plus populaires sont diffusés à l'échelle de pays entiers. Bon an mal an, le français s'enrichit de 60 000 à 70 000 mots nouveaux, provenant de sources diverses telles que les milieux scientifiques, industriels, commerciaux, publicitaires et journalistiques. C'est là le signe manifeste du dynamisme de la langue.

La langue officielle et la loi Toubon

Du côté juridique français, les dispositions constitutionnelles portant explicitement sur la langue étaient inexistantes jusqu'en 1992. La langue française était la langue officielle de la République française dans les faits (de facto) parce que cette reconnaissance n'avait jamais été proclamée ni dans la Constitution de 1958 ni d'ailleurs dans aucun texte de loi. Cependant, la Loi constitutionnelle no 92-554 du 25 juin 1992 a apporté des modifications à la Constitution française de 1958, notamment à l'article 2 qui se lit maintenant comme suit: «La langue de la République est le français.» 

 

Cette loi, appelée aussi loi Toubon – présentée par le ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon (gouvernement Balladur) –, se substitue à la loi du 31 décembre 1975, dont elle élargit le champ d'application et renforce les dispositions. Cette nouvelle loi française précise que l'emploi de la langue française est obligatoire dans un certain nombre de situations et affirme ainsi un droit au français pour les consommateurs, les salariés, le public. La loi Toubon précise successivement les conditions dans lesquelles l'emploi du français est obligatoire afin que les consommateurs, les salariés, les usagers, le public, soient assurée de comprendre les indications qui leur sont données et afin que le français soit naturellement la langue dans laquelle se déroulent les activités qui ont lieu sur le territoire national, notamment l'enseignement et les émissions de radio et de télévision. Il prévoit que la présentation en langue française peut toujours être accompagnée d'une traduction en langue étrangère.

 Le français dans les organisations internationales

Le traité de Versailles (1919) a marqué la cessation du privilège du français comme langue diplomatique: il a été rédigé à la fois en anglais et en français. L'après-guerre a entraîné de profonds changements sociaux par l'urbanisation généralisée, l'amélioration du niveau de vie des classes ouvrière et rurale, la force d'organisation des travailleurs. Les classes sociales s'interpénétrèrent et démocratisèrent la langue.

Il s'agit d'abord de l'organisation la plus prestigieuse, l'ONU, et des organisations non gouvernementales (ONG) et de la Francophonie. Ce dernier volet constitue une partie distincte qu'on peut consulter sous le nom de Francophonie.

7.1 L'Organisation des Nations unies

Au lendemain même de la Seconde Guerre mondiale, naissait l'organisation-mère, c'est-à-dire l'organisation-modèle de tout le système international contemporain: l'Organisation des Nations unies, qui remplaçait la Société des Nations. L'Assemblée générale, lors de sa première session, le 1er février 1946, adopta la résolution n° 2 portant approbation du Règlement concernant les langues. Celui-ci précise, dans son article 1er
 

Dans tous les organismes des Nations unies autres que la Cour internationale de Justice, le chinois, l'anglais, le français, le russe et l'espagnol sont les langues officielles. L'anglais et le français sont les langues de travail.

Plus tard, on ajouta l'arabe. Voici les organismes des Nations unies où le français est l'une des langues officielles et l'une des langues de travail:

- Assemblée générale, New York;
- Conseil de sécurité, New York;
- Conseil économique et social, Genève;
- Conseil de tutelle, New York;
- Cour internationale de Justice, La Haye;
- Secrétariat, New York.

Les grandes organisations internationales indépendantes de l'ONU

Les organisations indépendantes du système des Nations unies se recensent par centaines si l'on tient compte notamment non seulement des institutions et organismes centraux mais également de leurs comités, offices, bureaux décentralisés. Or, la situation du français y est importante et particulière.

Le français se voit reconnaître dans la plupart d'entre elles le statut de langue officielle sans qu'il ne soit fait mention de langue de travail. Tel est le cas à la Commission des Communautés européennes (neuf langues officielles: français, allemand, anglais, danois, espagnol, grec, italien, néerlandais, portugais), à l'OTAN, à l'OCDE, au Conseil de l'Europe, à l'UEO, à la Commission du Pacifique Sud, à l'OIPC-INTERPOL, à la BERD, à l'OEA, à l'OUA. Dans toutes ces organisations, le statut de langue officielle entraîne, juridiquement parlant, le statut de langue de travail au sens indiqué ci-dessus. À l'OCTI, le français est dit langue de travail, ce qui correspond au double statut. À l'inverse, à l'INTELSAT et à l'INMARSAT, le français est langue officielle mais n'est pas admis, comme à l'AIEA et à la Banque interaméricaine de développement, à titre de langue de travail.

De plus, le statut d'une langue peut changer. C'est ainsi que, en décembre 2009, le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, disait regretter «l'effacement du français dans les organisations internationales», alors qu'il est «la deuxième langue la plus enseignée dans le monde». Selon Abdou Diouf»: «La langue française est dans une situation ambiguë. Cette langue progresse, elle est la deuxième langue la plus enseignée dans le monde, le nombre de locuteurs augmente, la demande de français sur tous les continents augmente et paradoxalement nous assistons à l'effacement du français dans les organisations internationales», a-t-il précisé, citant l'exemple de la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique (décembre 2009). C'est pourquoi il a recommandé aux différents responsables des pays francophones de ne pas «se laisser entraîner vers l'expression dans une autre langue». Évidemment, il s'agit de l'anglais.

DONC. le français contemporain est le résultat d'une évolution divergente. D'une part, l'orthographe, la syntaxe fondamentale et la morphologie n'ont guère changé depuis deux siècles, probablement parce que les usagers n'en ont pas ressenti le besoin. D'autre part, la phonétique et le lexique ont subi de profondes transformations, alors que les différences phonologiques ont encore tendance à se réduire depuis le début du siècle, le vocabulaire est devenu de plus en plus complexe.

Contrairement aux siècles passés, du moins dans les pays de langue maternelle française (France, Belgique, Suisse, Québec), le français n'est plus l'apanage des classes privilégiées ni même l'affaire uniquement de la France. Toutes les couches de la population s'expriment maintenant dans une même langue et avec le minimum d'aisance nécessaire, tout en maintenant des différences locales. Il est possible que ce phénomène s'accentue en même temps que se maintiendront et se développeront différentes variétés de français à l'extérieur de la France. Lorsque l'unité linguistique est atteinte, il n'est plus nécessaire de poursuivre une uniformisation minutieuse. Mais aujourd'hui, maintenant que le français comme langue maternelle n'a jamais été aussi vivant, il doit relever le défi de hausser son statut comme langue seconde sur le plan international et faire face à la concurrence étrangère, principalement l'anglais.

 


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